Comment vivre ensemble dans un monde en rupture de dialogue ?

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12.11.2017
14h30
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Conférence sur le "Vivre ensemble" tenue à la Chambre de commerce, d'industrie et de services de Tanger, le 11 novembre 2017. | Menara.ma
Conférence sur le "Vivre ensemble" tenue à la Chambre de commerce, d'industrie et de services de Tanger, le 11 novembre 2017.
Les intervenants à une conférence tenue, samedi à la Chambre de commerce de Tanger, ont appelé à mettre en place des mesures salvatrices dans l'éducation nationale pour promouvoir le vivre ensemble.

Réunis lors d'une conférence organisée, dans le cadre de la 2ème édition du Festival international Ibn Battouta, sous le thème : "Le Vivre ensemble dans un monde en rupture de dialogue : quel rôle pour la culture et l'interculturalité", les participants ont souligné le rôle des Etats, des politiques économiques et de la société dans la mise en place d'un "mouvement salvateur de la pensée et de la gouvernance dans les systèmes de l'éducation" pour développer la culture de la coexistence entre les peuples.

Intervenant à cette occasion, l'écrivain et professeur à la Faculté des Sciences juridiques économiques et sociales de Rabat, Ali Sedjari a souligné qu'"on entend souvent parler de la crise économique, cependant la crise la plus tragique c'est celle du vivre ensemble", notant que cette crise "qui traduit une forte rupture entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, se reflète par la violence, l’absence de sagesse, d'humanisme et d'une conscience collective face à la terre et nos rapports avec autrui, ce qui affecte sérieusement notre équilibre collectif et notre présence sur terre".

M. Sedjari distingue ainsi quatre facteurs majeurs qui sont à l'origine de cette crise, à savoir, le fait religieux et civilisationnel, le fait politique, la nouvelle structuration du monde et le facteur géographique.

Pour ce qui est du fait religieux et civilisationnel, l'académicien souligne que "les religions qui sont censées rapprocher les individus deviennent des objets de haine, de guerres et de conflits latents, qui se traduisent par le barbarisme, les guerres froides et le terrorisme", déplorant que ces derniers prennent davantage d'ampleur à travers le monde.

Le fait politique, quant à lui, s'est détérioré par l'affaiblissement des démocraties occidentales et le remplacement de la bureaucratie classique par la "médiocratie", qui constitue le fruit de la montée des mouvements extrémistes, qui "jouent plus sur les sentiments que sur la raison, l’esprit et le savoir", a-t-il expliqué.

Pour ce qui est du fait relatif à la nouvelle structuration du monde, M. Sedjari estime qu'il s'agit des "identités meurtrières", qui naissent des "identités tribales ou ethniques", qui affaiblissent le principe de l’Etat nation et vont à l'encontre de la mondialisation, l’économie et la culture, tandis que le facteur géographique est lié aux inégalités entre "un Nord très riche et un sud qui s’appauvrit".

Il estime par ailleurs que la violence que connait le monde est le résultat de "systèmes éducatifs renfermés", soulignant la nécessité d'adopter 4 rationalités dans les méthodes d'enseignement, à savoir une "mesure théorique" dans la gestion des rapports humains et l'éducation au dialogue, une "mesure juste" qui apprend aux jeunes à bondonner les clichés des stéréotypes et à se détacher des illusions, une "mesure critique", qui prône le détachement de la culture locale et l'action pour un bien commun et collectif et une "mesure auto-critique", qui exige à "remettre en cause nos échecs au lieu de se concentrer sur ceux d'autrui".

"Vivre ensemble n'est pas un choix, mais une obligation"

Pour sa part, l'activiste Sabah Chraibi Bennouna a souligné que "vivre ensemble n'est pas un choix, mais une obligation", notant que "l'intelligence est de s'organiser pour en faire un choix".

Mme Bennouna a également insisté sur le couple "liberté-responsabilité" dans le développement de la notion de la citoyenneté, appelant les institutions gouvernementales à élaborer un schéma à suivre ou une charte à même d'éveiller les consciences et développer le sentiment de responsabilité chez les individus.

Elle a, par ailleurs, relevé que "tout ce qui augmente la responsabilité, augmente la liberté", faisant savoir que les pays qui ont réussi à développer un modèle de citoyenneté, sont ceux "qui ont compris le sens de l'éthique et mis en place un ensemble de règles régissant le vivre ensemble", tels que le modèle d'éthique bancaire en Suisse ou la charte de la nature au Canada.

La culture, "une manière de penser et d'agir"

De son côté, le poète philosophe, Noureddine El Hachami a souligné que la culture est "une manière de penser et d'agir" et un ensemble complexe qui comprend les capacités acquises par un individu dans un milieu social, pour en construire une vision du monde.

M. El Hachami a, par la même, souligné que contrairement à Durkeim ou Samuel Hintington qui évoquent un choc de civilisation, Ibn Battouta soutient quant à lui la thèse de dialogue entre les peuples et les cultures et l'importance du vivre ensemble, précisant que ce grand voyageur ne s'est pas limité à sa mission d'explorateur comme Magellan ou Christophe Colomb qui se sont contentés d'explorer le territoire, mais il est allé à la recherche des différentes cultures, qui sont amplement décrites dans ses récits.

Organisée à l'initiative de de l'Association marocaine Ibn Battouta sous le thème "Les voyageurs, des ambassadeurs de la paix", la 2ème édition du Festival international Ibn Battouta, prévoit un programme riche et diversifié, invitant les festivaliers et les amateurs du voyage, de l'art et de l'exploration à découvrir l'héritage culturel et historique du royaume, à travers plusieurs rencontres scientifiques, des conférences, des expositions d’art plastique et de manuscrits, des pièces de théâtre et des concerts musicaux.

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