InterviewSelon une enquête récente sur la violence à l’égard des femmes menée par le Haut Commissariat au Plan (HCP), la violence conjugale vient en tête des violences que subissent les femmes au Maroc. Mais très peu de femmes dénoncent cette violence commise à huis clos, sachant aussi qu’elles sont souvent confrontées au problème des preuves, selon Najat Razi, présidente de l’Association Marocaine des Droits des Femmes. Le point avec cette militante des droits des femmes :
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Najat Razi, présidente de l’Association Marocaine des Droits des Femmes
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- Les femmes sont beaucoup plus exposées à la violence dans leur propre foyer que dans la rue ou au travail. Quelles sont à votre avis les raisons de cette situation ?
- Certes la violence à l’égard des femmes est exercée dans tous les espaces et tous les lieux, mais les données dont disposent les centres d’écoute montrent que les femmes qui subissent la violence conjugale constituent une majorité. Pour moi, toutes les femmes sont exposées à la violence mais très peu sont celles qui ont le courage de la dénoncer.
- Que se cache-t-il derrière ces scènes de violence dont les femmes font les frais au sein même de leur couple ?
- Sur le sujet de la violence conjugale, ce n’est pas une question de relations personnelles mais plutôt de relation entre les sexes, de culture sociale basée sur la domination des hommes et la soumission des femmes. La violence surgit donc comme un mécanisme permettant de consacrer ses relations de domination et de soumission. Alors que normalement cette relation devrait être basée sur l’égalité entre les sexes et le respect de la dignité des droits humains.
La violence surgit lors des conflits : le pouvoir des hommes leur facilite l’accès à la violence pour résoudre les problèmes du couple. Je crois que seul un mécanisme de protection basé sur le respect de la personne et de sa dignité est capable d’éradiquer la violence à l’égard des femmes surtout dans le couple.
- Est-il facile de prouver cette violence commise à huis clos ?
- Quand la violence est physique, il est facile de la prouver surtout lorsqu’elle laisse des traces sur le corps. La femme doit savoir qu’aucune personne n’a le droit de violer son intégrité et sa sécurité physique, que son corps lui appartient et qu’elle peut se diriger vers les hôpitaux pour se soigner et revendiquer des certificats médicaux afin de porter plainte contre son agresseur et que même le mari peut être poursui pour la violence qu’il a commis contre son épouse.
Mais malheureusement la violence n’est pas seulement physique, elle est aussi sexuelle, psychologique, économique… et dans ce cas elle est difficile à prouver. C’est pourquoi nous revendiquons la mise en place d’une loi spécifique adaptée à ce type d’actes et de crimes. Cette loi devrait être souple en matière de preuves et devrait établir la responsabilité des intervenants dans la mesure où ils seront tenus de se déplacer sur place pour prouver que la femme a été victime de violence. Et dans ce cas, c’est à l’homme de prouver qu’il n’a pas violenté sa femme et non à elle. Je pense que si ce pacte est ajouté à la loi que nous ne cessons de revendiquer, il pourrait résoudre relativement le problème de la difficulté d’établissement de preuves sur la violence conjugal.
- Quel rôle peuvent jouer les associations dans ce domaine ?
- Nous essayons de renforcer les capacités des femmes venues de toutes les classes sociales en leur offrant des informations et des services pour les accompagner dans la procédure qu’ils ont choisi de faire. Et nous menons en même temps des activités de sensibilisation afin de briser le silence qui entoure la violence conjugale afin de créer chez ces femmes une conscience de leur droit à sauvegarder l’intégrité physique et morale de leur personne. Ce travail d’information, d’éducation et de sensibilisation, pour nous, est un apport très important des associations, susceptible d’encourager les femmes à dénoncer la violence massivement dans le but de pousser le gouvernement à créer une loi capable d’apporter des solutions spécifiques à ce type de violence souvent commis à huis clos et entouré de plusieurs contraintes culturelles et sociales qui permettent qu’il soit toléré dans la plupart des cas.
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