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Interview

MAP,07/02/2012 17h25

Trois questions à Tahar Benjelloun, président du Festival Cinéma-Migrations d'Agadir

L'écrivain Tahar Benjelloun, qui préside cette année le festival Cinéma-Migrations d'Agadir, estime qu'en Syrie le printemps arabe est en train de virer vers un hiver sanglant. Quant au Maroc, il est avec la Jordanie, le pays qui s'en sort le mieux. On verra ce que l'expérience actuelle de ce gouvernement donnera, on ne va pas le juger en avance , affirme-t-il dans un entretien à la MAP, à la veille de cette manifestation qui s'ouvre mercredi.



Evoquant la situation des immigrés, le romancier juge que ce qui pose problème aujourd'hui aux Européens, ce ne sont pas les immigrés, mais leurs enfants qui sont des Européens .



- Vous êtes le président de la 9ème édition du festival Cinéma-Migrations, qu'est-ce qu'un écrivain de votre notoriété peut-il apporter à un tel évènement qui célèbre le 7ème Art qui met en évidence l'immigration?


- Moi, je n'apporte rien, c'est le festival qui m'apporte, car je vais découvrir des films, des créations, des imaginaires qui nous montrent les divers aspects de l'immigration. Je vais apprendre, ma présence est assez "égoïste", j'aime le cinéma, je suis un cinéphile depuis l'âge de 15 ans et je suis impliqué dans la sociologie de l'immigration surtout quand elle est traitée de manière indirecte, c'est-à-dire par le film. J'espère que ce festival continuera et prendra de plus en plus d'ampleur et d'importance.



- L'immigration a constitué la thématique de plusieurs de vos romans, essais et articles. Quel regard portez-vous sur la situation des immigrés marocains aujourd'hui?


- En tant qu'écrivain, en tant que témoin de mon époque, il était difficile d'échapper au phénomène de l'immigration. Très tôt j'ai découvert ce monde, au début des années 70, quand j'étais étudiant, je partais les samedi et dimanche à Gennevilliers donner des cours d'alphabétisation aux travailleurs immigrés.


Ce fut ainsi que j'ai été mis en contact avec une réalité que peu de gens connaissaient, pas volontairement, mais l'immigration à l'époque n'intéressait pas les médias. En tant que romancier j'ai trouvé dans cette réalité matière pour des romans, des pièces de théâtre etc. Aujourd'hui, les choses ont bien changé , ce qui pose problème aux Européens, ce ne sont pas les immigrés, mais leurs enfants qui sont des Européens. Tout le problème est de savoir comment les considérer , cette population jeune n'a pas été prévue dans les calculs des politiques. Pourtant ce sont des jeunes européens ayant en principe une double culture. Il faudra en tenir compte et arrêter de les confondre avec leurs parents.



- Dans deux de vos derniers ouvrages, vous êtes revenus sur le printemps arabe qui, selon vos propres termes, a déclenché un immense espoir et une grande impatience. Est-ce que vous êtes optimiste sur l'évolution de la situation dans la région aujourd'hui ?


- Le printemps arabe est en train de virer vers un hiver sanglant, voyez les massacres quotidiens en Syrie. En général, après l'époque des dictatures il y a normalement le chaos , mais de ce chaos va naître un monde nouveau. Il faudra attendre une génération au moins pour voir les résultats de ces
révoltes. Quant au Maroc, il est avec la Jordanie, le pays qui s'en sort le mieux. On verra ce que l'expérience actuelle de ce gouvernement donnera , on ne va pas le juger en avance , il faut rester vigilant et exiger que la dignité du citoyen soit absolument respectée. Le Marocain est un homme de paix, il ne faut pas le décevoir ou le maltraiter. J'espère que l'expérience actuelle parviendra à résoudre les problèmes du Maroc: corruption, chômage des jeunes , sérieux dans le travail.


MAP
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