Au Maroc, « nous avons un actif considérable en matière de réalisations pour institutionnaliser l’égalité de genre dans les politiques publiques et éliminer les discrimination et violence de genre », a annoncé Nouzha Skalli, ministre du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité au cours d’une réunion au siège des Nations Unies en marge de la 54-ème session de la Commission de l'ONU sur le statut de la femme (1-12 mars 2010).
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A la veille de la journée internationale de la femme, cette déclaration, d’une ex militante pour l’égalité entre les deux sexes et la promotion des droits de la femme, est plutôt satisfaisante à la lumière des avancées considérables enregistrées au Maroc en matière des droits de la femme et de la consolidation de son rôle en tant qu’acteur actif dans la société.
En effet, cette dernière décennie a été marquée par un dispositif de réformes et de mesures visant à promouvoir les droits de la femme et renforcer son statut au sein de la société. On cite notamment :
Au niveau de la famille : La réforme la plus importante fut la réforme de la Moudawana, le Code de la Famille, qui touche à la dignité et au quotidien de la femme. Ce nouveau code qui a modifié la philosophie de l’ancienne Moudawana, porte l’âge du mariage des filles de 15 à 18 ans, établit le droit du divorce par consentement mutuel, soumet la polygamie à l’autorisation préalable du juge, permet à la femme de se marier sans l’autorisation préalable de son père… De même, ce Code a placé la famille sous la responsabilité conjointe des deux époux abolissant la notion de l’homme-chef de famille.
Toutefois, beaucoup de points restent à traiter tels que la lutte contre le mariage forcé, faire respecter le nouvel âge légal du mariage, améliorer la prise en charge des enfants...
Un autre pas important fut la réforme du Code de la Nationalité qui prévoit en particulier l'octroi par la mère de sa nationalité marocaine à ses enfants nés d'un père étranger, à condition que son mariage soit contracté conformément aux dispositions légales prévues par le Code de la famille qui exige, pour la Marocaine musulmane, que le mari soit de confession musulmane et soumet les Marocaines de confession juive aux règles du statut personnel hébraïque marocain.
Au niveau politique : Garantir un quota de participation féminine aux épreuves électorales a été une mesure tout aussi importante. Ainsi chaque parti doit présenter des listes nationales composées uniquement de candidates aux élections législatives, en plus des listes classiques par circonscription. Mais pour que les femmes puissent obtenir un siège, le parti doit franchir le seuil des 6% des voix.
Cette mesure a fait qu’en 2005, 35 femmes ont été élues au Parlement et 34 en 2007. Ce qui représente environ un tiers des élus. De même au niveau communal, par la création de listes additionnelles de femmes, on est passé de 0,56 % de conseillères municipales à 12,4 % en juin 2009.
Ce numéro ne représente pas une parité, mais il témoigne du progrès réalisé dans ce domaine comme premier pas vers l’égalité entre les sexes en inscrivant, éventuellement, autant de candidats que de candidates sur une même liste, comme en France par exemple.
Au niveau professionnel : le nouveau code du travail en 2005 a confirmé le principe de l’égalité entre hommes et femmes, reconnaissant le harcèlement sexuel comme une faute grave et allongeant le congé de maternité de quinze jours, passant de 12 à 14 semaines.
Par ailleurs, l’adoption du Code de la Famille a provoqué un grand changement dans la mentalité des Marocains. Ce Code a donné à la femme une nouvelle place au sein de la famille. Elle est désormais co-responsable de son foyer, au même titre que son mari. De plus, ce Code a redonné confiance à la femme marocaine en consacrant son droit à se déplacer, voyager et partir à l’étranger sans l’autorisation de son père ou de son mari.
Cependant, la femme reste exposée au harcèlement sexuel dans le domaine du travail, en dépit des réformes du code du travail et du code pénal dans ce sens, faute d’une prise de conscience générale et d’un système de présentation de preuve, flexible qui respecte la dignité de la femme et garantit son droit à garder son travail.
Lutte contre la violence à l’égard des femmes : Vu le rôle primordial des législations dans la lutte contre les violences faites aux femmes, un système d’institutionnalisation de la lutte contre la violence fondée sur le genre a été lancé par le département du Développement Social de la Famille et de la Solidarité, en coopération avec les ministères de la Justice et de la Santé, ainsi que la Gendarmerie royale et la Sûreté nationale et avec le partenariat d’ONG et de la société civile.
Une enquête sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes a été lancée par le même département qui se penche également sur l’élaboration du projet de loi sur la violence conjugale.
Dans ce sens, quelque 350 centres d’accueil sont d’ores et déjà opérationnels pour disposer d’informations institutionnelles sur la violence à l’encontre des femmes au Maroc.
Une autre mesure fut le lancement du programme multisectoriel « Tamkine » en mars 2008 dans le cadre du fond des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Ce programme intègre 13 secteurs gouvernementaux et 8 agences relevant des Nations unies et vise à lutter contre les violences basées sur le genre.
Les points noirs à traiter :
Malgré les grandes avancées enregistrées dans ce domaine, plusieurs défis sont à soulever tels que la promotion des droits sociaux, économiques et culturels à travers la scolarisation, la lutte contre la pauvreté, la promotion de la culture de l’égalité entre les deux sexes et la lutte contre les stéréotypes qui limitent parfois les capacités de la femme dans la société.
La lutte contre le mariage forcé, qui demeure encore une pratique courante au Maroc, la lutte contre la violence à l’égard des femmes, le viol, l’analphabétisme des femmes, l’abandon scolaire, le travail des petites bonnes, l’amélioration des conditions d’accouchement des femmes dans les zones rurales… sont autant de points noirs à traiter.