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Propos recueillis par: Houria Ben Moussa, 02/12/2008 10h12

La mode marocaine à travers le regard de Dominique Sirop

Dominique Sirop, grand couturier français et membre de la chambre syndicale de la haute couture connaît bien la mode et les créateurs marocains pour les avoir approchés, il y a près de cinq ans. Ce couturier qui se définit comme « un dandy minimaliste », décrit la mode marocaine comme un mélange de sensualité et de créativité qui l’a toujours inspiré mais qui manque toutefois d’encouragement. Entretien.

Dominique Sirop, grand couturier français et membre de la chambre syndicale de la haute couture


- Vous étiez présent à Révélations 2006, Caftan 2007 et maintenant Mode made in Morocco… C’est une passion envers le Maroc ?
- Mais oui ! Je trouve que ces créateurs ont besoin d’être encouragés. Ils ont fait preuve de beaucoup de courage en réalisant leurs collections avec les moyens du bord et je pense qu’ils méritent d’être soutenus parce qu’ils ont un réel talent. En dehors du caftan traditionnel qu’on a l’habitude de voir et que beaucoup réussissent très bien, il y a une vraie mode contemporaine avec des créateurs qui ont un parcours très particulier, digne pour moi de certains créateurs français. Je viens à chaque fois qu’on fait appel à moi et je crois dans un avenir proche, que les créateurs marocains pourront présenter leurs créations en France et seront reconnus à l’international.


- Les événements de mode au Maroc n’ont donc plus de secret pour vous…
- C’est la troisième année que je supporte les créateurs marocains. Je les ai découverts il y a trois ans avec l’évènement Caftan qui a eu lieu à Agadir, et depuis je les suis régulièrement à chaque fois qu’on fait appel à moi.

Un mannequin porte une création de Frédérique Birkemeyer lors du défilé de Mode made in Morocco, le samedi 29 novembre 2008


- Que pensez-vous des créateurs marocains ?
- Je trouve que de saison en saison, ces créateurs affirment leur personnalité. Je pense à Jamal Daoudi qui m’a envoyé un mail un jour me demandant s’il serait possible de nous rencontrer pour que je donne mon avis sur son travail, chose que j’ai fait. Je le suis régulièrement maintenant et je vois sa progression à la fois dans son vocabulaire, son vocabulaire vestimentaire, mais aussi dans son propre vocabulaire, sa façon de s’exprimer quand il parle de sa mode. Il trouve vraiment des codes qui lui correspondent tout à fait. Il existe aussi des créateurs marocains moins jeunes qui font des trucs un peu classiques entre guillemets mais qui s’affirment, de saison en saison, dans leur travail.


- C'est-à-dire que vous avez observé une évolution dans leurs créations ?
- C’est une évolution très rapide, une vraie conscience…Mais il faut maintenant que ces créateurs soient boostés. Il ne faut pas avoir honte de présenter les créations de Marocains à côté d’autre créations de grandes marques françaises parce qu’ils ont véritablement leur place et il y a un look qui correspond à une identité d’aujourd’hui.


- Y-a-t-il un projet dans ce sens ?
- Mon grand projet est focalisé sur la formation ici au Maroc. Il y a vraiment des progrès à faire. Je pense qu’on reste un peu figé sur un mode d’enseignement qui ne correspond plus à l’actualité. Aujourd’hui il y a beaucoup de paramètres (aspect commercial, internet…) qui obligent à se diversifier et à ne plus voir la mode comme une sorte d’artisanat. Alors que certaines écoles forment les jeunes pour avoir des sortes de couturiers qui vont faire de l’artisanat plus tard. Elles ne les préparent pas à confronter le marché mondial. Je pense qu’il serait bien de créer un jour une école qui réunisse aussi bien un enseignement pour former des journalistes de mode, des photographes de mode, des créateurs évidemment, mais qui s’expriment d’une façon beaucoup plus réelle par rapport au marché future. Et si on arrive à créer un tel centre, on va motiver énormément de jeunes avec une reconnaissance aussi de la part du gouvernement qui doit les soutenir et être de plus en plus présent. Et là, je pense qu’il y aura une explosion totale de la mode marocaine.

Un mannequin défile lors du défilé de Mode made in Morocco, le samedi 29 novembre 2008


- A votre avis, qu’est ce qui manque aux talents marocains pour atteindre l’international ?
- C’est à la fois la formation de base et un peu plus d’encouragement et de reconnaissance. L’industrie marocaine est comme même très forte, surtout dans le domaine du textile, mais elle est en train de perdre des parts de marché parce qu’elle n’est pas assez soutenue et c’est dommage. Au détriment de certains pays de l’est et de certains pays asiatiques. Je trouve que ce n’est pas normal. Elle fait partie de l’économie du Maroc, une économie qui a très bien marché jusqu’à il y a à peu près dix ans, mais maintenant j’ai l’’impression qu’elle est un peu sur la pente. Il faut vraiment réagir, il ne faut pas tout monopoliser sur le tourisme, l’industrie est aussi importante au Maroc. Il y a des créations d’emploi à faire et les Marocains sont très habiles pour tout ce qui est manuel. Donc l’industrie textile est très importante, il ne faut pas la négliger. C’est simplement une réflexion que je me suis fait par rapport à l’observation de ces cinq dernières années…


- C’est dû principalement à la concurrence étrangère…
- Il y a toujours un moyen de pailler la concurrence étrangère, il suffit d’observer… Ce qui manque par exemple aux pays asiatiques c’est la qualité. En revanche, au Maroc vous avez la qualité, le sens du beau et le sens du fini…C’est le point fort avec lequel il faut jouer. La Chine par exemple fait des produits moins chers mais ce ne sont pas des produits de qualité et maintenant les gens commencent à rejeter les produits d’origine chinoise… Je pense que c’est là le point fort du Maroc. Si on met le savoir-faire et la qualité en avant, on peut regagner les parts de marché parce qu’on va se retourner vers des entreprises qui auront ce label… Je pense que les Marocains sont des gens tellement sensibles et sentimentaux que lorsque les choses vont moins bien, ils commencent à s’effondre tout de suite… Je pense que là il y a aussi un petit effort à faire…


- Vous inspirez-vous du caftan marocain ?
- Inconsciemment. j’aime la sensualité qui se dégage de la féminité marocaine. Ce que j’aime au Maroc, c’est que tout est suggéré, il n’y a pas de provocations. J’ai toujours apprécié chez la femme marocaine sa façon d’attirer le regard -qui n’est pas provocatrice-, sa façon d’harmoniser les couleurs par rapport au climat… C’est toute une ambiance qui m’a toujours correspondue et que j’ai toujours retranscris inconsciemment dans mes collections. J’utilise toujours les transparences, les couleurs, parfois même les tatouages au henné, à l’intérieur des mains… C’est une source d’inspiration pour moi pace que je trouve que c’est très subtil.


- Vous avez fait, lors de « Révélations 2006 », la promesse de soutenir les jeunes talents marocains……
- Et je m’y accroche toujours…Les créateurs marocains peuvent toujours compter sur moi, je serai toujours à leur côté et j’aimerais qu’il y ait un jour un représentant marocain à mes côtés pour soutenir la mode marocaine



Dominique Sirop, invité d’honneur à la 3ème édition de Mode made in Morocco

Ce couturier qui se définit comme un dandy minimaliste a fait ses débuts en apprentissage chez Yves Saint-Laurent à l’âge de 17 ans. En 1978, il a la chance de pouvoir obtenir un rendez-vous avec Hubert de Givenchy qui l’engage après avoir vu trois de ses croquis. Jusqu’en 1989, il est son assistant. De 1989 à 1996, il est styliste chez Hanae Mori. Il signe en 1989 un ouvrage sur la Maison Paquin, suivi en 1994 par un livre dédié à Jacqueline Delubac. Sa profonde connaissance de l’histoire de la mode fait vite de Dominique Sirop l’un des plus grands experts en vêtements anciens, consulté en France et à l’étranger par les musées du costume. En septembre 1996, il décide d’ouvrir sa propre maison de couture : DS Dominique Sirop. Son lieu de vie et son atelier se trouvent alors dans une « folie » près du Moulin Rouge. En janvier 1998, il signe une licence de prêt à porter de luxe avec les grands magasins japonais Daimaru : Dominique Sirop pour Daimaru. Pour sa collection d’hiver de la saison 2000, il collabore avec la Maison Cartier et innove en réalisant un « Happening Chic ». en janvier 2003, il est labellisé membre de la haute couture.


Propos recueillis par: Houria Ben Moussa
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