Les dessous de l’affaire Karim Zaz poursuivi pour crimes financiers

Menara.ma / S. Belhassan
07.03.2014
15h19
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Karim Zaz | Archives
Karim Zaz
Déféré jeudi 6 mars devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casa, Karim Zaz et ses 11 co-accusés ont été placés en détention préventive poursuivis pour crimes financiers

Ce qui s’apparentait à un rêve sans fin, et qui dure depuis presque deux décennies, est devenu à partir de lundi 3 mars 2014 un véritable cauchemar. Karim Zaz, ancien président directeur général de Wana, et auparavant patron de Maroc connect, passe ce jeudi 6 mars 2014 sa première nuit à la prison Oukacha à Casablanca.

Mercredi 5 mars, la brigade nationale de la police judiciaire l’avait déjà présenté devant le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca, avec onze co-accusés pour constitution de bande criminelle, escroquerie, trafic de communications téléphoniques à l’échelle internationale et abus de confiance. Un procédé qui a permis selon les premiers éléments de l’enquête à une société créée en France par M. Zaz d’engranger des sommes importantes en devises. L’équivalent de plus d’un milliard de dirhams.

Chronologie d’une traque
Tout a commencé en 2012 quand deux opérateurs téléphoniques nationaux ont déposé deux plaintes au sujet d’un énorme détournement de communications téléphoniques internationales. Ce détournement, qui s’est accentué ces dernières années entre Casablanca et Paris, coûte aux deux opérateurs des pertes considérables.

Quand l’ANRT se saisit de l’affaire
Une première enquête avait été réalisée par l’Agence nationale de la réglementation des télécommunications (ANRT), qui a conduit à la découverte d’une société secrète logée dans un appartement à Casablanca. Cette société disposait d’un matériel technologique sophistiqué de dernière génération dont des antennes paraboliques très puissantes et un dispositif formant une boucle locale radio (BLR) permettant un accès très haut débit à Internet.

Comment fonctionnait la combine ?
En langage plus simple, une communication internationale au lieu qu’elle soit connectée sur le réseau national et l’opérateur national -récepteur dans ce cas-, perçoit une contrepartie de la part de l’opérateur étranger émetteur de la communication, elle est piratée sur un réseau clandestin et est considéré comme nationale.
A ce qu’il paraît, les résultats de l’enquête de l’ANRT ont permis aux enquêteurs de la BNPJ de cibler davantage leurs investigations jusqu’à mettre la main, lundi 3 mars sur M. Zaz et ses collaborateurs. Parmi eux, deux personnages qui l’ont accompagné dans ses divers postes depuis Maroc Connect. Il s’agit de Nour Rabie et Ahmed Naciri, fidèles parmi les fidèles.

Mais comment M. Zaz a-t-il pu monter son opération pendant des années?
Le seul hasard a conduit les enquêteurs jusqu’à lui. Seuls les spécialistes des télécoms peuvent avoir une idée plus ou moins précise et seuls les éléments de l’enquête, toujours en cours, peuvent éclaircir de manière précise les zones d’ombre de cette histoire à dormir debout.

Mais le problème paraît plus complexe pour M. Zaz et ses acolytes. Les enquêteurs de la BNPJ n’écartant aucune hypothèse se sont posés des questions sur les bénéficiaires de telles communications téléphoniques internationales anonymes. Et si parmi eux il y avait des activistes terroristes qui pouvaient recevoir et donner des instructions sans être inquiétés ? Une probabilité que personne ne peut écarter depuis ce jeudi 6 mars 2014.
Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a rendu public un communiqué annonçant le démantèlement d’une cellule terroriste qui s’adonne également au trafic téléphonique international. Pur hasard ? On le saura dans les prochains jours.


Karim ZAZ : bio express
Karim ZAZ est diplômé de Polytechnique et de Sup'Télécom, a créé, en 1999, Wanadoo Maroc avec le soutien de France Télécom, et monte Maroc Connect, la structure juridique en charge de la marque.
En 2003, alors que Wanadoo Maroc est menacée de fermeture par sa maison mère, Karim Zaz réussit à trouver les capitaux nécessaires à la reprise de l'entreprise grâce à deux fonds de capital-risque, Attijari Capital et Fipar.
2005 Maroc Connect obtient la 3ème licence de téléphonie fixe du pays, en déboursant 306 millions de dirhams (27,7 millions d'euros). Il devient par la suite le patron de Wana, troisième opérateur télécom au Maroc avant d’être démis de ses fonctions en 2009.
 

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