Quand pétards et feux d'artifice font boomerang

Menara.ma / MAP (Abdelhak Yahya)
12.10.2016
12h50
Partager Version imprimable Commenter (0)
Pétards et feux d'artifice | Ph: Archives
Pétards et feux d'artifice
A l’approche de Achoura, les ruelles et les allées des villes marocaines deviennent de véritables "tranchées de guerre" d’où émanent pêle-mêle détonations successives,

cris et colonnes de fumées, dont les auteurs sont des cohortes d’enfants et de jeunes mineurs visiblement inconscient des risques qu’ils encourent et des dégâts qu’ils peuvent provoquer par tant de pétards et de feux d’artifice.

Les yeux larmoyants, Fatima raconte comment son fils a perdu l’usage de l’œil gauche à l’âge de dix ans, à cause d’un engouement pyromane démesuré pour ces produits périlleux qui se vendent au vu et au su de tout le monde.

"C’était par une journée normale, il a pris son déjeuner et est sorti jouer avec ses pairs du quartier. De retour à la maison, j’ai constaté comment son œil gauche était tout rouge-sang", confiera Fatima à la MAP.

"Le diagnostic établi a révélé que la rétine a été irrémédiablement endommagée et que mon fils a perdu l’usage d’un œil à cause des éclats d’un pétard", poursuit-elle, entre deux soupirs lancinants.

"Sur le coup, j’étais choquée, je ne pouvais réaliser que mon fils ait perdu la vue. A la fin, j’ai dû me rendre à l’évidence", expliquera-t-elle, l’air plutôt résigné.

"Zidaniya", "Daech" ou "Messi", les noms diffèrent, mais désignent indistinctement les mêmes crackers et pétards que proposent à la vente, sur des étals en bois, des badauds de tous âges qui s’ingénient à les présenter de manière attrayante et bien soignée pour mieux aiguiser l’envie des enfants et des mineurs.

"Les pétards actuellement en vente provoquent des déflagrations audibles sur un périmètre de près de 100 mètres. Autant dire qu’ils peuvent causer un handicap durable", prévient un commerçant de Bab Lakhmis à Salé, ironisant sur les appellations curieuses dont s’affublent ces feux d’artifice, comme "L’abeille", "Le cigare", "Pokémon", "L’avion" et autres "Etoiles".

Mais, de toute cette gamme de pétards, "Zidaniya" et "Daech" demeurent et de loin les plus dangereux au vu de la grande détonation qu’ils provoquent, suivis de "L’abeille" en terme de gravité et des "Etoiles" en dernière position, a-t-il noté, précisant que la clientèle de ce marché est constituée en majorité d’adolescents.

Pour Ali Châabani, chercheur en sociologie, l’utilisation des feux d’artifice est un phénomène nocif qui génère des actes graves pour l’intégrité physique d’autrui et menace la sécurité des citoyens, particulièrement les femmes enceintes et les enfants.

L’intervention des pouvoirs publics est, certes, importante pour limiter la floraison d’un marché informel qui ne cesse de croître chaque année, a-t-il souligné, relevant que l’approche sécuritaire a besoin d’être épaulée par d’autres acteurs, dont les prédicateurs des mosquées en vue de sensibiliser à la gravité de ces jeux hasardeux.

Même son de cloche du côté du Dr. Mohamed Louzi, médecin généraliste, qui a mis en garde contre les impacts de ces pétards sur les muscles oculomoteurs et la rétine, outre les risques de brûlures à divers degrés qui, des fois, exigent un suivi médical minutieux et des interventions chirurgicales d’urgence.

Le praticien recommande, en cas d’accidents, de se rendre immédiatement chez le médecin spécialiste pour éviter toute complication, tout en appelant les parents à joindre leurs efforts à ceux déjà déployés par d’autres intervenants pour endiguer l’ampleur d’un phénomène de plus en plus inquiétant et d’encourager leurs enfants à opter pour des jeux et des jouets garantissant à la fois leur épanouissement et leur sécurité.

Car, faut-il le rappeler, bien des comédies, poussées à l’extrême, ont dégénéré en tragédies pour des enfants qui ont troqué leurs poupées et autres peluches inoffensives contre des pétards nocifs qui submergent les marchés à l’approche de chaque Achoura.

Sur le même sujet

Commenter

*champ obligatoire

Menara toujours avec vous...