Année 2017: Casablanca la conquérante, Casablanca l'hésitante

Menara avec map / .
11.12.2017
11h30
Partager Version imprimable Commenter (0)
La métropole de Casablanca | Ph: Archives
La métropole de Casablanca
La ville de Casablanca a navigué, tout au long de 2017, sur des eaux déchaînées à la mesure des mutations sociétales imprévisibles et des défis proportionnels à l’aspiration de leadership africain.

Ce fut une année charnière à tout point de vue, sur le chemin de la mise en œuvre du plan de développement du Grand Casablanca, lancé en 2014 pour un coût de 34 milliards de dirhams. Et l’accouchement se fait visiblement dans la douleur.

Entre des projets qui avancent et d’autres qui piétinent, la métamorphose de la métropole à l'horizon 2022 est entrée dans une phase de doute, somme toute naturelle pour un chantier d’une telle dimension et au vu de la complexité des procédures et des montages financiers.

Face à l’impatience de l’opinion publique et des élites, les responsables de la ville ont, vraisemblablement, donné un coup d’accélérateur aux projets structurants, en élevant notamment la cadence des travaux de réalisation du Grand Théâtre, le futur joyau du quartier historique, du fameux parc de la Ligue arabe, une touche écologique dans un océan bétonné, et du parc zoologique d’Ain Sebaa, une bouffée d’oxygène pour des habitants en manque d’attractions familiales.

Tournant leur mal en patience, les Casablancais ont appris à vivre avec l’anarchie et le calvaire occasionnés par les chantiers titanesques de voirie (trémies, ponts et tunnels) qui, une fois achevés, devront décongestionner un trafic de plus en plus intenable et offrir, à coup sûr, un antidépresseur naturel aux usagers de la route.

Dans quelques années, les bouchons interminables ne seront, peut-être, qu’un mauvais souvenir, si l’on se confie aux bonnes intentions des responsables. En septembre dernier, la ville a conclu avec la société française RATP un ambitieux projet de transport urbain, qui en ferait la championne d’Afrique de la mobilité durable.

Le nouveau contrat, d’une valeur de 4,7 milliards de dirhams, comprend la mise en service, l’exploitation et la maintenance de trois nouvelles lignes de tramway et deux lignes de BHNS. En 2022, le réseau global de transport en site propre à Casablanca comportera 76 km de lignes de Tramway et 22 km de lignes de BHNS.

De l’autre côté du décor, Casablanca est toujours aussi conquérante, s’érigeant en carrefour du monde des affaires dans le continent et s’attirant les faveurs des géants de l’industrie et des finances, dont une bonne partie en a déjà fait ou veut en faire un hub régional.

Casablanca Finance City a de nouveau confirmé son statut de leader africain. Le célèbre assureur international Lloyd's, le groupe européen Allianz, la société Thomson Reuters, l’opérateur de la technologie M2M Group figurent parmi les entreprises de premier plan ayant obtenu cette année le statut de CFC. Ils se sont ajoutés à une longue liste de mastodontes mondiaux.

La plateforme industrielle de Midparc, située à Nouaceur, a poursuivi son essor, donnant plus de crédit aux ambitions de Casablanca dans le secteur de l’aéronautique et de la haute technologie.

La meilleure illustration en est l’ouverture par Thales d’un centre mondial d’impression 3D métallique, dernier cri de l’industrie 4.0, dans la perspective d’en faire une plateforme pour servir les besoins internationaux du groupe et de ses clients.

Autre exemple de l’attractivité grandissante du Grand Casablanca, le groupe pharmaceutique saoudien SPIMACO a annoncé l’installation, dans la zone industrielle de Berrechid, d’une unité de production plus importante, pour un investissement de 400 millions de dirhams.

Sur le front sociétal, Casablanca n’a rien perdu de son agitation légendaire, avec une société civile plus dynamique et prompte à élever la voix. Acteurs associatifs ou simples citoyens sont plus audibles quand il s’agit de dénoncer les dérives et les incivilités sur l’espace public.

Au coup de sang populaire contre l’insalubrité rampante, qui a atteint son paroxysme l’été dernier, la ville a répondu, en octobre dernier, par la résiliation définitive du contrat de gestion de la propreté avec Sita Blanc, une filiale de Suez Environnement.

Une première dans l’histoire du conseil communal de Casablanca, pressé d’agir par les autorités locales qui ne pouvaient rester les bras croisés face à la colère des citoyens et à la dégradation inquiétante de la situation environnementale dans la ville.

Quoique concentrant la grande partie de l’activité artistique nationale, le Grand Casablanca peine encore à s’offrir un rendez-vous de la taille et de l’aura de Mawazine à Rabat, la douce rivale et voisine.

En juillet dernier, l’on a assisté à une tentative embryonnaire de ressusciter le Festival de Casablanca. Un balbutiement à mettre à l’actif des nombreuses hésitations qui freinent le décollage définitif de la métropole.

Généralement source d’appréhension à cause du hooliganisme, le football s’est transformé, cette fois, en un motif de fierté après le sacre du Wydad en Ligue des Champions, apportant un jalon supplémentaire à la dimension africaine de Casablanca.

Tel un prestidigitateur, le Grand Casablanca a encore plus d’un tour dans son sac. Le sentiment général dit que la ville présente un incroyable potentiel de progression. Elle a juste besoin d’être libérée.

Sur le même sujet

Commenter

*champ obligatoire

Menara toujours avec vous...