Troubles en Tunisie: Déploiement de l'armée dans plusieurs villes

Menara avec map / .
12.01.2018
09h46
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L'armée tunisienne a été déployée, jeudi, dans plusieurs villes de Tunisie où des manifestations, qui ont dégénéré en émeutes, ont fait un mort cette semaine.

Ce déploiement intervient suite aux affrontements éclatés entre les forces de l'ordre et des manifestants qui ont donné lieu à des scènes de pillage et de saccages dans plusieurs villes.

D'après des sources officielles tunisiennes, des soldats ont été dépêchés à Thala, près de la frontière algérienne, où le siège local de la sécurité nationale a été incendié par les manifestants, ainsi qu’à Sousse, Kébili et Bizerte, afin de protéger les bâtiments publics.

Au troisième jour de ces troubles, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, le colonel-major Khalifa Chibani a fait état d'une baisse remarquable des actes de saccage et de pillage dans toutes les régions du pays.

"Les actes de vandalisme ont baissé de façon remarquable durant la nuit de mercredi", a-t-il précisé, ajoutant que 328 individus ont été placés en garde à vue depuis le déclenchement de ces incidents.

"La police mène une série de perquisitions à travers le pays pour arrêter les fauteurs de troubles et les casseurs impliqués, dans les actes de pillage et de vol", a poursuivi le porte-parole.

Selon Chibani, 21 agents de sécurité ont été blessés et une dizaine de véhicules de police ont été endommagés au cours de ces incidents.

De son côté, le porte-parole du ministère public, Sofiène Selliti, a annoncé que le ministère public auprès du Tribunal de première instance de Tunis a ordonné jeudi l’ouverture de six informations judiciaires contre 26 individus impliqués dans les épisodes de trouble et les émeutes nocturnes qui ont éclaté au cours de ces derniers jours.

Selon lui, 23 de ces suspects ont fait l'objet de mandat de dépôt, alors que les trois autres ont été maintenus en liberté.

Ces individus sont inculpés pour violence avec usage ou menace d’arme, entrave préméditée à la circulation routière, atteinte aux biens d’autrui et outrage par paroles, gestes ou menaces, à un fonctionnaire public dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions.

Sur le terrain, les dessertes ferroviaires ont été annulées dans certaines zones après qu'un train a été attaqué en banlieue sud de Tunis mercredi soir.

Des heurts ont notamment été rapportés dans la ville de Siliana (nord-ouest), ou à Kasserine, Thala et Sidi Bouzid, dans le centre marginalisé.

Des échauffourées ont également eu lieu dans plusieurs quartiers de Tunis et à Tebourba, à 30 km à l'ouest de la capitale, là où un homme est décédé lors des heurts de la nuit de lundi.

Sur un autre registre, le Front populaire, la principale alliance d'opposition, a appelé la population à manifester dimanche à Tunis, pour le septième anniversaire de la chute de l'ancien président Zine el Abidine ben Ali.

Accusé par le chef du gouvernement Youssef Chahed de vouloir profiter de ces troubles, le front populaire a annoncé, jeudi, l’intention d’organiser dimanche des mouvements dans la capitale et plusieurs régions sous le signe "La Tunisie récupère sa révolution".

"Plusieurs partis politiques, organisations et associations participeront à ces manifestations", a assuré le porte-parole du Front populaire (FP), Hamma Hammami, ajoutant que le FP a organisé des réunions de coordination avec l'ensemble des acteurs politiques et civils pour rassembler les efforts et unifier les positions.

Il s'agit essentiellement de s'opposer aux récentes mesures gouvernementales relatives à la hausse des prix, selon le porte-parole du FP, qui réaffirmé l'impératif de faire tomber ces mesures pour réconforter les Tunisiens.

D’autres dirigeants du FP ont qualifié d"'irresponsables", les accusations adressées par le chef du gouvernement à leur mouvement, l'accusant de complicité avec les réseaux de corruption, et du crime lors d'actes de violence liées aux protestations.

"Par ces déclarations, le gouvernement cherche à se dérober de ses responsabilités face aux mesures qui ont accompagné le budget de l'Etat et la loi de finances 2018", ont-ils estimé, relevant que les récentes déclarations du chef du gouvernement "reflètent l'état de confusion dans lequel la coalition au pouvoir se débat et les conflits au sein du parti Nidaa Tounes".

Le chef du gouvernement ne fait que ressasser le même discours entretenu par ses prédécesseurs. Il accuse le Front et évite d'aborder les questions des augmentations des prix, du chômage et des répercussions de la loi de finances, en orientant le débat vers les actes de vandalisme qui ont accompagné les mouvements de protestation nocturne, ont-ils poursuivi.

Pour sa part, le secrétaire général de l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), Noureddine Tabboubi, a réitéré jeudi le soutien de la centrale syndicale aux différents mouvements pacifiques organisés pour protester contre la hausse des prix, la détérioration du pouvoir d'achat des citoyens et l'augmentation du taux de la pauvreté et du chômage.

Toutefois, l'UGTT rejette toute protestation nocturne qui se dégénère en actes de violence et de vandalisme portant atteinte aux biens publics et privés, a souligné Tabboubi.

Le responsable syndical a également appelé le chef du gouvernement à annoncer, dans les prochaines heures, une augmentation du SMIG et des allocations accordées aux familles nécessiteuses ainsi que les pensions dérisoires qui ne dépassent pas dans plusieurs cas 70 dinars.

Tabboubi a appelé par la même occasion les différents partis politiques à prévaloir l’intérêt du pays et à assumer leurs responsabilités notamment en cette conjoncture actuelle qualifiée de très difficile.

Les troubles éclatés lundi surviennent sur fond de contestation de la cherté de la vie en raison de répercussions de la loi de finances qui a engendré des hausses des prix de plusieurs produits dans un contexte social difficile marqué notamment par un rebond de l'inflation (6,4% en glissement annuel) et une crise économique aiguë avec ses effets délétères sur les équilibres financiers.

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