Italie: Berlusconi fait son retour en pleine rivalité gauche-droite

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09.02.2018
12h47
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Silvio Berlusconi, le 9 mai 2014 à Rome | afp
Silvio Berlusconi, le 9 mai 2014 à Rome
En rassembleur de la droite, Silvio Berlusconi revient (de loin) sur le devant de la scène politique après une longue traversée de désert en grande partie due à ses interminables ennuis judiciaires.

A 81 ans, l'ex-président du Conseil italien est parvenu à sceller une alliance entre nationalistes et souverainistes plaçant le bloc de la droite en position d’atteindre les 36 % des suffrages, d’après les plus récents sondages.

A moins d’un mois d’un scrutin qui s’annonce serré, le leader de Forza Italia (FI) prend la direction d'une grande coalition de centre-droit qui caracole en tête dans les sondages. Il s'est en effet associé à la controversée Ligue du nord de Matteo Salvini, connu pour ses positions xénophobes et anti-immigrés, ainsi qu'à Fratelli d'Italia, une formation d'extrême droite dirigée par Giorgia Meloni.

"Je sens que l'Italie a encore besoin de moi. Aujourd'hui je ne vois pas de personnalités qui pourraient faire ce que j'ai fait, même s'il existe des personnalités qui peuvent gouverner", a-t-il lancé sans ambages dernièrement sur la chaîne Rai 3.

M. Berlusconi a été particulièrement absent du paysage politique italien, englué dans ses déboires avec la justice qui l’a condamné pour fraude fiscale. Certes, il est sous le coup d'une inéligibilité qui court jusqu'en 2019, mais il a bien l’intention de jouer le rôle de faiseur de roi.

Pourtant tout le monde croyait que sa carrière politique s’était arrêtée en 2013. À l’époque, Berlusconi qui avait démissionné deux ans plus tôt de la présidence du Conseil est déchu de son siège de sénateur à la suite de poursuites judiciaires.

"L’absence du leader de la droite a certainement entraîné un passage de votes depuis FI vers le Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste). Aujourd'hui Berlusconi reprend une partie de cet électorat", estime Antonio Noto, directeur de l'institut de sondage IPR marketing. Il tient désormais un discours très alarmiste sur l’immigration et les revenus des italiens.

Réagissant à la fusillade à caractère raciste visant une dizaine d’immigrés africains, le chef de file du centre droit a évoqué "une bombe sociale prête à exploser" et réclamé le rapatriement de 600.000 clandestins "prêts à commettre des délits". Le magnat des médias, qui a vu se réduire l'écart entre son parti et la Ligue du Nord au sein de leur coalition, a même promis que s'il arrivait au pouvoir il y aurait assouplissement de la loi sur la légitime défense, l’autre cheval de bataille de M. Salvini.

Il mène activement campagne en s’adressant aux conservateurs, aux chômeurs, aux retraités, et surtout rassure son électorat en mettant à profit sa longue expérience au pouvoir, comme l’attestent les observateurs. Au grand dam de l’actuel président du conseil Paolo Gentiloni, figure du parti démocrate au pouvoir et jugé trop technocrate par un pan entier des Italiens.

Dans sa communication en campagne, le dirigeant de Forza Italia tend à renouer un lien sentimental avec son électorat classique, à faire passer le message selon lequel "la vieillesse n'est pas un moment de déclin, mais une phase de la vie pleine de sagesse et d'expérience", estime M. Noto.

Son état de santé a toutefois suscité bien des inquiétudes au sein de son parti ces derniers temps, après qu’il a annulé sa participation à plusieurs émissions télévisées et radiophoniques alors que la campagne électorale bat son plein.

"Le seul qui puisse arriver à remporter des voix depuis son lit d'hôpital est Silvio Berlusconi. D'autant plus qu'il ne va pas bien et qu'il génère une vague de sympathie ", a fait observer le politologue Roberto D'Alimonte.

En tout cas, il a tenu à répondre personnellement aux commentaires sur sa santé: "je suis désolé de décevoir nos concurrents, mais je vais bien". Malgré son âge et sa fatigue, l’ancien Premier ministre italien ne semble pas avoir l’intention de jeter l’éponge.

Le slogan de sa campagne n'est autre que "Berlusconi président" bien qu’il est inéligible au moins jusqu’à l’année prochaine. Il est plus proche plus que jamais du dirigeant populiste Matteo Salvini sous la bannière de leur alliance, mais avec lequel il diverge sur l’essentiel : fiscalité, retraites, législation du travail et même l'euro.

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