Descente matinale dans l'enfer du crack à Jacarezinho

afp / Said Raissi
13.09.2012
17h02
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Un policier vient récupérer un enfant accro au crack, le 12 septembre 2012 dans une favela de Rio de Janeiro | afp
Un policier vient récupérer un enfant accro au crack, le 12 septembre 2012 dans une favela de Rio de Janeiro
Pétards et coups de feu sporadiques se font entendre à l'arrivée d'une équipe municipale de lutte contre l'addiction au crack dans la favela de Jacarezinho (banlieue pauvre de Rio).

Le Brésil est aujourd'hui le premier marché mondial de crack avec un million de consommateurs, selon une récente récente de l'Université fédérale de Sao Paulo.

Réfugiés sous un pont, des toxicomanes prennent la fuite en lançant des pierres sur l'équipe de psychologues et d'assistantes sociales qui s'approche, escortée par des policiers fusil au poing.

De l'autre côté de la rue, deux membres de l'équipe réveillent un enfant d'une dizaine d'années assoupi sur le trottoir pour l'emmener de force dans un mini bus qui le conduira vers un abri municipal.

"Lâchez-moi! Vous me faites mal!", hurle-t-il en se débattant.

Les cabanes montées par des adultes à même le trottoir ont été démolies et leurs affaires jetées dans un camion à ordures.

Dans le bus on lui donne tout de suite à boire et à manger.

"Quand ils se réveillent, ils sont en abstinence et souvent agressifs. Il faut leur donner de l'eau, des aliments sucrés et salés pour les requinquer", explique à l'AFP Claudio Reis, le psychologue qui dirige l'équipe.

"Tout ça ne sert à rien. Ils prennent un café, un bain et ils reviennent", lance, après avoir assisté à la scène, un habitant de ce quartier aux effluves nauséabonds où les ordures jonchent le sol devant des masures de fortune aménagées sous le métro aérien.

Très loin de l'image idyllique du Pain de Sucre

Dans ces rues, on se sent très éloigné du célèbre Pain de Sucre, pourtant situé à moins de dix kilomètres de là.

Partie à sept heures du matin, la caravane de véhicules de la mairie et de la police a recueilli en moins d'une heure 51 personnes, dont cinq mineurs. Les cabanes montées par des adultes à même le trottoir ont été démolies et leurs affaires jetées dans un camion à ordures.

Dans l'une de ces installations de fortune où vivait un couple d'adolescents qui s'est enfui à l'arrivée de la police, un faux pistolet noir a été retrouvé au milieu d'un amas d'affaires qui comprenait aussi... une poupée et une peluche.

"Quand ils se réveillent, ils sont en abstinence et souvent agressifs. Il faut leur donner de l'eau, des aliments sucrés et salés pour les requinquer", explique à l'AFP le psychologue Claudio Reis.

Assise dans l'un des mini bus de la mairie, Maria Rosalia, 41 ans, pieds nus, les yeux rouges, vêtue d'un short et d'un tee-shirt crasseux enfilé à l'envers, raconte par bribes: "il n'y a qu'avec le crack que je me sens bien... C'est à cause de mon mari. Il m'a poignardée. Je suis partie, je me suis retrouvée à la rue et j'ai commencé à fumer du crack", une drogue aux effets dévastateurs.

"J'espère revoir mes enfants un jour", ajoute cette mère de cinq enfants.

En voyant passer les mini-bus une habitante se révolte: "Regardez-moi ça, ils les promènent comme des touristes! On devrait les mettre sur une île et les faire travailler!".

Maria, 61 ans, ajoute qu'il y a trois mois, sous le pont qui surplombe le canal pollué de la favela, "une trentaine de drogués vivaient là, avaient des relations sexuelles en plein jour et étaient souvent violents".

"Avec les actions de ramassage de la mairie, ils sont partis, mais ils ont migré dans une favela voisine", affirme-t-elle à l'AFP.

La parole pour seule arme

"Dans des quartiers comme celui-ci on doit venir avec la police, mais notre seule arme c'est la parole pour les convaincre d'aller dans les abris", explique Claudio Reis, qui précise que les adultes ont le droit de refuser de les suivre mais pas les mineurs.

"Dans des quartiers comme celui-ci on doit venir avec la police, mais notre seule arme c'est la parole pour les convaincre d'aller dans les abris", explique le psychologue Claudio Reis.

"Dans les abris, on les interroge pour évaluer leur degré de dépendance et le traitement qu'ils recevront", précise le psychologue.

Le gouvernement brésilien a lancé en décembre un plan de 2,2 milliards de dollars contre "l'épidémie de crack" dans le pays. L'amélioration des conditions sociales et le bas prix de la cocaïne et de ses dérivés - au moins cinq fois moins chers qu'à l'étranger - explique sa progression.

Pour M. Reis "il est dur d'entendre que ces opérations ne servent à rien".

"Nous travaillons 7 jours sur 7. Parmi les 30 drogués qu'il y avait sous le pont, cinq sont restés dans l'abri et ont une activité comme la menuiserie ou l'informatique".

Les autres ont regagné la rue.

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