Mohammed l'enfant irakien monte la garde sur les ruines de sa maison

Menara.ma / Avec AFP
24.07.2012
00h20
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Mohammed, 11 ans, le 23 juillet 2012 près des ruines de sa maison, à Bagdad | afp
Mohammed, 11 ans, le 23 juillet 2012 près des ruines de sa maison, à Bagdad
Mohammed est assis, pensif, sur les ruines de ce qui était jadis sa maison. Une voiture piégée a réduit en miettes lundi un quartier de Taji, au nord de Bagdad. Ses parents cherchent un abri.

Que Mohammed, un enfant de 11 ans que l'on imagine volontiers débrouillard, et sa famille en aient réchappé, tient du miracle. Ou plutôt de l'intervention d'un policier qui, flairant la voiture suspecte, a ordonné à tout le quartier d'évacuer au plus vite.

Quelques minutes plus tard, la déflagration assourdissante a pulvérisé maisons, voitures, camions... Au total, la série d'attaques dans la ville a tué 42 personnes et en a blessé 40. Dans tout l'Irak, au moins 111 personnes ont péri dans les violences.

"Je dois rester là. Je monte la garde pendant que mes parents sont absents", lance Mohammed. La serviette qu'il a posée sur son crâne offre une bien maigre protection face au soleil. Des gouttes de sueur perlent sur son front.

Sa maison n'est plus qu'un amas de parpaings, poussière et verre qui a recouvert tout ce que la famille possédait.

"Il y a eu une boule de feu et tout s'est écroulé"

"Je dormais, et mes parents m'ont soudain arraché du lit", raconte Mohammed. "Ils criaient: 'Lève-toi! Aide tes petits frères! Il y a une voiture piégée!'"

Mohammed se met à creuser les décombres, dans l'espoir de retrouver les jouets de son frère.

"J'ai porté ma petite soeur, elle a 4 ans. Et puis j'ai vu les gens qui s'éloignaient de la voiture piégée en courant".

"J'ai l'impression que l'explosion s'est produite juste après que nous soyons sortis. Il y a eu une boule de feu et tout s'écroulait sur nous", explique Mohammed.

Les câbles électriques ont été sectionnés par l'explosion, coupant Mohammed, sa famille et tout le quartier du réseau électrique défaillant. Il n'y a plus d'eau, la canalisation principale ayant rendu l'âme. Le générateur, auquel tout le monde dans le coin était relié, est mal en point.

Dans les rues de Taji, jonchées de carcasses de voitures, de débris, la température avoisine les 50 degrés celsius, en ce troisième jour de ramadan, durant lequel les musulmans sont appelés à jeûner de l'aube au crépuscule.

Malgré l'attentat, Mohammed n'a aucune envie de changer de quartier. "Je suis né ici, j'y ai grandi. Mes amis et mon école sont ici. Je ne veux pas aller autre part. Mais l'explosion nous a forcés à chercher autre chose", regrette-t-il.

Un peu plus loin, des voisins de Mohammed se sont eux aussi mis à fouiller les décombres de leur maison.

"Mais où pouvons-nous aller?" demande une femme, Oum Ali. "Nous n'avons pas de quoi payer le loyer d'une nouvelle maison et nous n'avons pas non plus les moyens d'en construire une nouvelle".

Exténuée, elle s'assied. "Il n'y a plus qu'à s'asseoir et espérer la clémence divine".

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