Littérature: "Le livre arabe a du mal à franchir les frontières"

Menara.ma / Avec MAP
05.05.2014
12h17
Partager Version imprimable Commenter (0)
Des livres
Des livres
"Les frontières qui délimitent les pays arabes sont souvent tout autant infranchissables pour leurs citoyens que pour leurs livres et leur production littéraire".

Ce constat amer du libraire genevois d’origine syro-libanaise, Alain Bittar, est à la base à son sens de toute la problématique de l’édition et de la circulation du livre dans le monde arabe.

Dans les couloirs du pavillon des cultures arabes au Salon du livre de Genève (30 avril-04 mai), M. Bittar se "rend utile" à longueur de journée pour la nombreuse communauté arabophone, mais aussi d’étrangers passionnés et de chercheurs avides de nouveautés.

Il déplore qu’aucune structure culturelle régionale "ne soit encore là pour un meilleur accès aux créations des auteurs de la région". "Le livre circule très peu entre nos pays et les tirages y sont donc très faibles, en moyenne entre 500 à 3.000 exemplaires à peine, généralement très chers par rapport au niveau de vie des gens", explique-t-il.

Une tendance à abandonner la lecture

Pour Lotfi Riahi, président de l’Association tunisienne de développement des industries culturelles, le secteur de l’édition traverse des moments difficiles tant le public a tendance à abandonner la lecture et les oeuvres écrites en faveur de l’internet et des réseaux sociaux.

"L’industrie du livre demeure coûteuse dans les Etats maghrébins par exemple. D’où il est plus que jamais temps pour les gouvernements de faire plus pour la subvention des éditeurs et une meilleure diffusion de la production culturelle", a déclaré à la MAP M. Riahi qui supervise le stand tunisien au Salon de Genève.

En Tunisie, précise-t-il, l’aide étatique aux Maisons d’édition se limite au remboursement de 30 % des frais de transport à l’international, "d’où il est difficile, selon lui, de maintenir une présence régulière dans les plus grands salons internationaux faute de moyens et d’incitations". Tel n’est visiblement pas le cas pour les éditeurs représentés au 28ème salon de l’édition de Genève où, pour la première fois, tout un pavillon a été dédié aux cultures et aux créations issues du monde arabe. "C’est une véritable réussite pour cette première expérience", affirme l’animateur culturel franco-marocain Younes Ajarrai, indiquant que personne ne s’attendait à ce qu’on puisse avoir une surface de 600 m2 incluant une librairie de 200 m2 et un espace pour conférences-débat qui ne désemplit pas.

Il a relevé "la qualité" des écrivains et intellectuels invités avec un dosage subtile entre auteurs de renom et jeunes plumes. "Ce mixage s’est opéré à merveille avec une réflexion littéraire, mais aussi autour des questions politiques et sociales de l’heure dans la région arabe", a-t-il dit.

Le livre marocain de plus en plus visible

A côté du pavillon des cultures arabes, se dresse le stand marocain où sont exposées les plus récentes publications de huit Maisons d’édition, représentées sur place par "La croisée des chemins" et "Marsam". "Notre participation est régulière depuis cinq ans au salon, un rendez-vous habituel avec le public genevois", souligne le directeur des éditions Marsam, Rachid Chraibi, indiquant que les éditeurs marocains mettent à profit la présence d’une grande librairie arabe pour faire connaître au mieux les publications nationales. Même analyse pour sa collègue, Zineb Abderrazik qui se dit heureuse de l’intérêt porté au livre marocain qu’il s’agisse de romans, d’études historiques, de critiques artistiques ou de beaux-livres.

Aux yeux de l'éditeur casablancais Abdelkader Retnani, présent lui-aussi au Salon de Genève, le livre marocain est de plus en plus visible dans les rendez-vous internationaux qui offrent un cadre adéquat pour l'échange et le contact entre intellectuels, Maisons d'édition et public.

"Nous avons la chance cette année d'être en face d'un grand pavillon dédié aux cultures arabes où les ouvrages de nos auteurs sont présents en force", a dit en substance M. Retnani qui a pris part vendredi à un débat passionné sur la santé et les perspectives du secteur de l'édition dans la région arabe. Le Salon de Genève qui a fermé ses portes dimanche a été marqué par une fréquentation record de 95.000 visiteurs venus arpenter les avenues littéraires de la prestigieuse exposition Palexpo.

Commenter

*champ obligatoire

Menara toujours avec vous...