Des chanteurs alternatifs arabes luttent contre les préjugés

Menara.ma / AFP
13.04.2017
10h34
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Pour les fers de lance du rock alternatif et du hip-hop au Moyen-Orient, l'essor de ces musiques n'est pas une révolution.

 Ils consolident avant tout leur héritage et combattent les préjugés en Occident et dans leurs propres pays.

Mashrou' Leila, groupe libanais de rock alternatif, Autostrad, groupe reggae-funk jordanien, Narcy, chanteur hip-hop irako-canadien, Muqata3a, rappeur palestinien, et Yasmine Hamdan, chanteuse libanaise, figurent parmi les artistes qui ont percé ces dernières années sur la scène musicale dans le monde arabe et bien au-delà.

Mais, si le succès est au rendez-vous, la partie n'est pas facile pour eux.

"La culture arabe est attaquée. Elle est fétichisée en Occident et à travers le monde. Elle est soit maléfique, soit sexy, n'est-ce pas?", lance à l'AFP Yassin Alsalman alias Narcy, l'une des voix hip-hop les plus connues de la diaspora arabe.

"Au moins, pendant qu'ils tuent nos enfants, nous essayons de préserver l'héritage de nos parents. Si nous sommes en vie, autant faire ça pendant que nous sommes ici", ajoute-t-il en marge d'un festival qui a enflammé une foule de jeunes le 7 avril à Dubaï.

"Ce n'est pas une renaissance mais plutôt un retour à l'essence même de la musique, la musique du monde arabe", estime de son côté Avo Demerjian, chanteur et bassiste du groupe alternatif jordanien Autostrad.

Parmi les genres musicaux en vogue chez les jeunes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord figurent le hip-hop arabe et la fusion entre rock, reggae, funk et rythmes traditionnels arabes.

- 'A coeur ouvert' -

Pour les textes, la jeune génération hip-hop peut s'inspirer de "la poésie de Mahmoud Darwich (grand écrivain engagé palestinien décédé en 2008) et des pensées (de l'intellectuel palestino-américain disparu en 2003) Edward Said", explique Sara Mourad, enseignante à l'Université américaine de Beyrouth.

"On est à un moment où la musique revient dans notre partie du monde, où on peut voler de nos propres ailes et dire ce qu'on a à dire à travers la musique", déclare Avo Demerjian. "C'est à coeur ouvert entre les musiciens et les gens", ajoute-t-il.

Autostrad, Narcy et Mashrou' Leila étaient les vedettes du festival annuel STEP 2017 dans le quartier de Dubaï Marina où se mêlaient des gens de tous les horizons: hommes en costume ou en jean et femmes en short ou en abbaya.

Mashrou' Leila et son chanteur ouvertement gay Hamed Sinno ont fait vibrer la foule, tandis que défilaient en arrière plan des images de danseuse arabe, de corps dénudées sur le sable et de night club underground.

Mais c'est de loin Narcy, qui a remporté le mois dernier un Juno, l'équivalent canadien du Grammy Award, qui a le plus enthousiasmé le public.

Vêtu d'un habit traditionnel arabe et portant les lunettes qui le caractérisent, le rappeur a été rejoint sur scène par des fans qui ont exécuté avec lui le chobi, danse traditionnelle irakienne, tandis que la foule faisait trembler le sol en sautant.

Son dernier morceau, "Free", a été dédié aux réfugiés à travers le monde.

- 'Déformation' d'image -

En tant qu'arabes, certains sont confrontés au racisme et à l'islamophobie en Occident, et tentent de lutter contre les préjugés qui pèsent sur eux.

"Nous sommes encore dans une situation très précaire", affirme Narcy, dont le dernier morceau "Fake News" évoque l'interdiction de voyager aux Etats-Unis décrétée par le nouveau président Donald Trump à l'encontre de six pays à majorité musulmane.

"Nous sommes confrontés à une nouvelle vague de déformation (d'image) qui est plus dangereuse, plus longue et plus violente", affirme ce rappeur irako-canadien. "On a du pain sur la planche, mais on est sur la bonne voie".

Chez eux, les tenants de la nouvelle vague de la musique arabe sont confrontés à d'autres problèmes --à part les guerres et les tensions politiques: la moralité et la censure.

Une représentation de Mashrou’ Leila a ainsi été interdite en 2016 en Jordanie "en raison des thèmes que nous abordons et des personnes ou des communautés auxquelles nous aimons être associés", rappelle Firas Abou-Fakher, le guitariste du groupe, fervent défenseur des droits des LGBT.

Le problème peut aller au-delà des gouvernements. Une grande maison de disque "a voulu changer" les paroles d'une chanson pour "travailler avec nous", mais "bien sûr on n'a pas accepté" et "on n'a pas signé", raconte en français Karl Gerges, le batteur de Mashrou' Leila.


 

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