L’Egyptien Ahmed El Shahawy sur les pas d’Ibn Battouta

Menara.ma / Younes Taleb
08.11.2017
22h42
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Le voyageur égyptien Ahmed Elshahawy. | Ph: Archives
Le voyageur égyptien Ahmed Elshahawy.
Ahmed El Shahawy ou "Ibn Battouta égyptien", comme on le sunomme, est un grand voyageur. Son périple a duré une vingtaine d’années, au cours de laquelle il a visité plus de 87 pays à travers le monde.

Pour lui, le voyageur n'est pas une profession ni un emploi, mais un mode de vie où les voyageurs se réunissent pour le partage et le vivre ensemble. Quant au message du voyageur, il a souligné qu'il s'agit d'un message de paix et d'amour entre tous les êtres humains.

Le portail Menara.ma est allé à la rencontre d’Ahmed El Shahawy à Tanger, à la veille de la deuxième édition du Festival international Ibn Battouta (du 9 au 12 novembre 2017). Interview.

- Comment est né votre amour pour les voyages ?

Quand j’étudiais en Autriche, j’assistais aux fêtes organisées par les associations missionnaires pour boire et manger, car je n’avais pas assez d’argent et mon père est décédé. Un jour ils ont organisé une excursion pour faire du ski. On a séjourné dans un hôtel bien étoilé, et c’est là où j’ai rencontré un Chinois appelé Chen Zhong, c’était le deuxième homme fort de l’ambassade de Chine à Vienne, on a beaucoup discuté et je lui ai demandé qu’y a-t-il de beau à visiter en Chine à part la Grande muraille de Chine que tout le monde connait. Il m’a parlé alors de la forêt tropicale de Xishuangbanna qui se trouve au sud du pays aux frontières avec le Laos, il m’a informé que c’est une fôret tellement dense que les sept tribus qui y vivent sont très éloignées l’une de l’autre, et qu’ils ne se voient jamais. C’est alors que j’ai décidé de visiter cet endroit une fois que j’aurai suffisamment d’argent.

J’ai fini mes études à l’Université technique de Graz, une des plus prestigieuses en Europe. J’y ai obtenu un diplôme spécialisé dans la conception et l'invention des machines, ainsi que dans la résolution de problèmes d’ingénierie. Une fois diplômé, j’ai reçu des offres de travail alléchantes. Avec un salaire trop important et au bout de cinq ans de travail, j’ai pu obtenir une grosse somme et j’ai donc décidé d’arrêter mon boulot pour aller voyager en Chine, et plus particulièrement à Xishuangbanna.

Là-bas j’ai rencontré beaucoup de problèmes et d’obstacles, mais grâce à ma foi en Dieu, je suis parvenu à accéder à cette vaste forêt tropicale, et bien que j’ai mis six jours à me faufiler entre les arbres, vivre avec les insectes, croiser d’effrayants animaux, connaître l'obscurité, la faim et la soif, cette aventure est restée ancrée dans mon esprit et était l'un des plus agréables moments que j’ai passés en Chine. Je ne me souviens pas de la Grande Muraille de Chine, ni d'autres attractions touristiques dans ce pays, sauf de cette semaine d’aventure à Xishuangbanna.

De là, j'ai décidé de parcourir toutes les forêts tropicales, avec seulement un bâton de randonnée et un petit couteau. Je voulais vivre la vie sauvage, libre de tous les appareils modernes dont dépend l’être humain pour réaliser ses besoins pour vivre. Et cela a duré quatre ans.

Par la suite, j’ai parcouru les quatre coins du globe, de la Chine au Venezuela en passant par les pays africains, pour un voyage qui a duré plus de vingt-quatre ans et qui continue encore, si Dieu le veut.   

- Quelle est la chose qui vous a le plus marqué dans vos voyages ?

Dans chaque voyage, il y a une chose qui le marque. Par exemple, quand je me suis rendu au Venezuela, je suis tombé dans les mains des trafiquants de drogue, je donnais des pots de vin aux gardiens de prison, pour rester emprisonné et ainsi échapper aux gangs de contrebande. Au Sri Lanka, j'ai découvert une herbacée de type Artemisia qui soigne le paludisme, et j'ai attiré l'attention sur l’importance de cette plante, jusqu’au jour où des Allemands sont venus et ont mené plusieurs expériences et essais sur cette plante pour en faire un médicament qui traite le paludisme et nous le vendre, en sachant que c’est moi qui l’ait découvert.

Toujours au Sri Lanka, il y a un sommet qui s’appelle le pic d’Adam il est considéré comme un lieu saint par les musulmans, les chrétiens, les bouddhistes et les hindous. Quand Ibn Battouta y est allé, il a vu les gens ôter leurs chaussures avant de monter la montagne, et il a fait comme eux.

Quand je l’ai su, j’ai décidé et après 700 ans, de suivre les pas d’Ibn Battouta et par coïncidence je l’ai fait à l’âge de 40 ans, pareil qu’Ibn Battouta quand il y était.

J’ai monté cette montagne de plus de 2200 m d’altitude à 19h et j’ai atteint le sommet vers 4 heures du matin, à cause de la difficulté des chemins, qui sont bondés de roches de différentes tailles.

Ce qui m’a intrigué durant mon voyage en Afrique subsharienne, ce sont les gens qui sautaient toute la nuit et sans fatigue. J’ai alors su que cet effet-là venait de la plante du cola, qui leur procurait énergie et vitalité, sans que cela affecte leur cœur ou les organes du corps.

- Qu'en est-il de Tanger, du Maroc et des Marocains ?

Je reconnais être tombé amoureux de la ville de Tanger, je ne peux pas rester loin d'elle. C’est la ville de la fraternité et la reconnaissance de l'autre, en dépit des différences. C’est là où vit le juif aux côtés du chrétien et du musulman, il y a l’église anglicane Saint Andrews, la seule église au Maroc où on trouve des versets coraniques gravés à l’intérieur dans une arcade. On n’a pas voulu suspendre une croix par respect aux sentiments des musulmans. Y a-t-il cet amour et cette fraternité ailleurs qu’à Tanger ?

Et que dire également d’Al Hoceima, cette belle ville que j’adore. Quand j’y suis allé une fois, je cherchais un hôtel où je pouvais me loger pendant une semaine. J'ai demandé à un homme que j’ai croisé sur mon chemin s'il pouvait me l’indiquer. Il m'a demandé d'attendre dans un café. Après un moment, il est revenu et m'a pris dans sa voiture pour m’emmener dans une maison de trois étages. Il m'a donné les clés et m'a dit : « C’est ta maison, tu peux y rester le nombre de jours que tu veux ».

Je lui ai demandé pourquoi il faisait cela alors qu’il ne me connait même pas, il m’a alors répondu : « Tu es Egyptien et je n’oublierai jamais ce qu’a fait ton pays pour Abdelkrim Al Khattabi. Quand les Français voulaient le ramener depuis la Réunion pour l’exécuter et une fois le navire est arrivé à Suez, le roi Farouk est intervenu indirectement pour sauver El Khattabu, en donnant l’ordre à sa garde de le faire fuir. Il lui a donné une maison ainsi qu’un salaire mensuel jusqu'à ce qu’il meure et a été enterré dans les tombes des martyrs. Vous avez donc hébergé par Abdelkarim El Khattabi toute une vie et vous ne voulez pas qu’on vous héberge même pour une semaine ? L’hospitalité n’est pas étrangère au Maroc.

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