« Interférences » à la rencontre du berceau d'Ibn Battouta

Menara.ma / Younes Taleb
11.11.2017
16h58
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Les artistes peintres français Benjamin Carbonne (g) et Antonio Rodriguez Yuste (d), le 9 novembre 2017 au Centre culturel Ahmed Boukmakh à Tanger. | Menara.ma
Les artistes peintres français Benjamin Carbonne (g) et Antonio Rodriguez Yuste (d), le 9 novembre 2017 au Centre culturel Ahmed Boukmakh à Tanger.
Depuis jeudi dernier, deux artistes français font sensation au centre culturel Ahmed Boukmakh à Tanger en peignant une immense fresque de 30 m de long en noir et blanc, en direct devant le public.

Venus du sud de la France, Benjamin Carbonne (peintre) et Antonio Rodriguez Yuste (poète et peintre) collaborent depuis 15 ans dans l’art contemporain sous le nom « Interférences », un collectif qui sillonne les différents coins de l’Hexagone mais aussi en Europe, pour réaliser des performances peinture en direct.

Depuis le 9 novembre dernier, date du début de la 2ème édition du Festival international Ibn Battouta à Tanger, les deux artistes français font sensation à l’extérieur du centre culturel Ahmed Boukmakh en peignant une immense fresque de 30 m de long, en direct devant le public. Leur travail est particulier par le mouvement de leurs pinceaux et les couleurs noir/blanc.

C’est la première fois que le duo se produit hors d’Europe. Menara.ma a profité de l’occasion pour aller à leur rencontre en pleine performance !

Bonjour, quelle est la raison de votre présence au Festival international Ibn Battouta ?

Antonio : Nous sommes contents de venir ici pour voir ce qui se passe dans la vie culturelle. C’est la première fois que nous mettons le pied au Maroc. C’est donc une expérience intéressante.

Le thème du festival nous intéresse. Nous avons été contactés par l’association Ibn Battouta pour nous proposer de venir par rapport à l’engagement qui pourrait y a voir dans la peinture et voir comment cette action de création peut avoir un lien avec le thème des ambassadeurs de la paix.

L’objectif pour nous c’est de venir et découvrir la ville. Venir aussi avec notre discours et notre travail et puis rencontrer d’autres univers avec des thèmes qui se rencontrent autour de cette idée de paix.

Benjamin : Le thème qu’on nous a proposé et l’idée de la personne comme Ibn Battouta, un homme qui traverse des pays, qui va à la rencontre des autres avec tous ses savoirs, va dire au monde y a des vies, des possibilités, des choses différentes. Plus tu rencontres les gens, plus tu les respectes, donc c’est toujours intéressant cette idée de rencontre.

Pouvez-vous nous dire ce que vous êtes en train de peindre sur ce grand mur ? 

Benjamin : Je peins un homme qui marche. Quand on marche, on se transforme avec le savoir qu’on a. C’est une provocation aussi mais à la connaissance et au savoir, le besoin d’aller chercher chez les autres. Par exemple, en venant ici on m’a parlé du Maroc et tout ça mais je n’écoute personne. Le meilleur moyen de m’en faire une idée c’est de venir et c’est ce qui se passe durant ces quatre jours ici. On va peindre en fonction de ce que nous on ressent.

Antonio : Moi j’écris des textes en fonction de mes convictions et de ce que moi je défends dans l’humain et sur un ton de performance. Des textes rythmés et très directs. L’objectif n’est pas de perturber ou de gêner, mais de mettre en mots des sentiments.

Pendant que je dis ces textes-là, il y a Benjamin qui peint. Il arrive qu’il y ait une rencontre entre l’écriture et la peinture, c'est-à-dire je pose les mots en les écrivant sur la même toile que je suis en train de faire et de cette union qui se met en place on crée un symbole, une histoire. Ce qu’on propose surtout aux gens, c’est de venir découvrir ce processus-là, cela nous permet aussi d’avoir un retour direct avec les gens, les yeux dans les yeux, pas poser une toile et partir.

Vous écrivez pour… ?

Antonio : J’écris pour que l’homme prenne soin de soi, pour qu’on prenne soin les uns des autres, et parce que je pense aussi que l’homme a une grande capacité à se remettre debout et à se tenir droit même quand il y a de grandes chutes. Il y a toujours eu de grands retours. Je crois beaucoup à ces capacités de résilience, pour que l’homme s’enrichisse et réussisse à éviter de répéter les mêmes erreurs.

Quel message vous adressez au public à travers cette fresque ?

Benjamin : On peint d’après ce qu’on ressent. L’énergie qu’il y a dans la peinture est due à ce qu’on vit ici, ça ne se prépare pas à l’avance. Le message c’est l’idée d’avancer quoi qu’il se passe, on a le droit de se planter dans la vie des fois, comme là je fais une fresque d’un homme qui avance et qui tombe… et puis après il y a une relève qui se met en place due à cette expérience qui n’a pas escompté ce qu’on souhaitait. Il faut accepter l’échec, arrêter de lutter et réfléchir sur ce qu’on est en train de vivre et de faire, puis agir au fur et à mesure. C’est la dynamique permanente d’une vie. La vie continue et c’est un message d’espoir.

Antonio : Le but c’est de réussir à transmettre, dans la fresque qu’on est en train d’élaborer, à la fois le ressenti qu’on peut avoir par rapport à la ville de Tanger, mais aussi aller au-delà du simple ressenti. On découvre et on vit, et quand on vit on avance, marche, saute, court, chute, se remet debout. C’est ce qu’on doit retrouver partout. On veut aller du particulier à l’universel, en cherchant à éveiller la curiosité des gens.

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