Programmation ramadanesque, entre engouement et déceptions

Menara.ma / MAP
08.06.2018
13h55
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Télécommande d'un téléviseur
Télécommande d'un téléviseur
La programmation ramadanesque fait couler beaucoup d’encre auprès du public marocain qui ne cesse de manifester sa déception quant à la qualité des programmes diffusés.

"Les séries télévisées, ce n'est pas ce qui manque et pourtant rares sont celles qui apportent vraiment une valeur ajoutée", déplore Ibtissam, une jeune étudiante de 23 ans approché par la MAP.

"Quand les chaînes ont la volonté de produire un programme de qualité, elles y arrivent", commente, pour sa part, Issam, un fonctionnaire quadragénaire, évoquant, dans ce sens, l'exemple de la série de "Kabbour" qui récolte chaque année "beaucoup de succès, alors qu’elle a été reprise pour la 4-ème fois".

Fatima, femme de foyer de soixante ans, regrette, quant à elle, "le manque de programmes instructifs ou d'accompagnement religieux pendant ce mois sacré, face à l'amoncellement des séries et des sitcoms".

"Nos enfants et nos petits enfants ont besoin de tirer profit de la spiritualité de ce mois sacré", plaide-t-elle, notant avec insatisfaction le "manque de séries de qualité".

Pour Saida, pharmacienne et maman de 34 ans, "les éléments humoristiques sont présents dans les sitcoms, mais il n y a pas de mise en scène comique. Seulement des vannes lancées par ci et par là".

Elle estime en outre que "le langage mis en scène ne reflète pas forcément celui dont font usage les familles marocaines". Et "à force de vouloir faire rire, on tombe dans l'exagération et dans le ridicule", a-t-elle ajouté.

Ces "reproches" bien compris des téléspectateurs constituent les principales appréciations du public marocain et l’angle majeur du traitement médiatique de cette question, estime Abdellatif Bensfia, enseignant chercheur à l'Institut supérieur de l'information et de la communication (ISIC).

Cependant, en dépit de toutes ces critiques, le téléspectateur marocain passe de longues heures devant le petit écran à regarder les chaines nationales, notamment lors du prime time (temps juste avant et après la rupture du jeûne dans lequel l'audience est à son apogée), explique à la MAP cet auteur d’une étude minutieuse sur la programmation télévisuelle ramadanesque.

Dans son étude réalisée après un suivi de la programmation télévisuelle de Ramadan de 2007 et 2008, Bensfia distingue trois facteurs qui sont à l'origine de cet engouement à la production nationale.

Le premier découle du fait que la programmation ramadanesque marque une rupture avec le reste de l'année, aussi bien au niveau des programmes qu'au niveau des horaires de leur diffusion.

Le deuxième est lié aux besoins de distraction et de détente qui se révèlent naturellement après la rupture du jeûne, tandis que le troisième facteur est en relation avec le besoin d'un confort moral ou d'un accompagnement durant les heures du jeûne, notamment par des programmes religieux, historiques ou de conseils santé.

Le chercheur souligne, par ailleurs, "qu'il ne faut pas attendre le mois de Ramadan pour émettre des jugements de valeur sur la qualité des productions artistiques nationales". Il préconise qu'il incombe à tous : journalistes, spécialistes, metteurs en scène, producteurs, scénaristes et téléspectateurs de se rassembler autour d’un débat instructif tout au long de l'année en vue d'examiner les points qui sont censés contribuer au développement de la production artistique nationale.

D'après les mesures audimétriques de la télévision publiées par le site "MarocMétrie", les programmes des télévisions nationales s'arrogent toujours la part du lion face aux autres chaînes satellitaires.

Selon un communiqué hebdomadaire rendu public sur cette plateforme qui mesure l’audience de la télévision sur l’ensemble du territoire national, la deuxième chaîne nationale 2M a dominé le prime time dans la période allant du 24 au 30 mai 2018 (avec 51,9% de la part d'audience), suivie des chaînes "Al Oula" (20 ,5%), Al Maghribia (0,8%) et des autres chaînes de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision (SNRT) (2%).

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