Kasbah d'Agadir Oufella, un lieu de mémoire qui se cherche un avenir

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27.09.2018
12h57
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Kasbah d’Agadir Oufella | Ph: Archives
Kasbah d’Agadir Oufella
Classé patrimoine national protégé, le site est chargé d’histoire.

Pour beaucoup, ce passé reste toutefois mal connu tout comme les relations extérieures et la dimension internationale d’antan tissées à partir de cette cité.

L’histoire d’Agadir est en effet souvent réduite à l’époque récente comprise entre le début du protectorat et la date du tremblement de terre de 1960, notent des historiens de l’Université Ibn Zohr.

La cité était connue des Européens depuis fort longtemps. Aux 14ème et 15ème siècles, les cartes marines européennes indiquent le lieu sous le nom de Porto Mesguinum (port de la tribu locale Mesguina).

En 1505, les Portugais construisent au même lieu, qui se situe au pied de l’éperon qui domine la baie d’Agadir, un comptoir commercial et une forteresse à laquelle ils donnèrent le nom de Santa Cruz do Cabo do Aguer (Sainte Croix du Cap Guir). Cet emplacement devint plus tard le quartier Founti (fontaine en portugais).

C'est en 1541 que le Sultan Saâdien Mohamed Cheikh édifia au sommet du même éperon, à environ 236 m d’altitude, la forteresse (Kasbah) d’Agadir Oufella (Agadir d’en haut en berbère) qui allait mettre fin à l’occupation portugaise de Santa Cruz.

Outre la position maritime stratégique d’Agadir, les richesses poissonneuses, agricoles et minières de son territoire, engendrèrent une prospérité économique et commerciale considérable.

La ville, qui jouissait d’une bonne réputation au niveau international, fut l’objet des convoitises des Européens. Les négociants hollandais, danois, français, anglais, portugais et espagnols ne cessèrent de s’y disputer l’influence. Aux 16ème et 17ème siècles, le port d’Agadir, devenu le débouché du Soudan, est un grand port de transit et d’échange des marchandises européennes contre les produits du sud marocain et du Soudan (notamment l’or).

Après une longue période de prospérité, Agadir commence à décliner à partir de 1760, date de la construction du port de Mogador (Essaouira), qui remplace celui d’Agadir. Ce déclin dure un siècle et demi.

A la fin du 19ème siècle, Agadir reprend sa place économique et stratégique d’antan. Des commerçants allemands, notamment les frères Mannesmann, s’installèrent dans le Souss, et y occupèrent les terres cultivables et les mines destinées à l’exportation. La ville retrouve à nouveau son rôle de premier plan en 1911, pendant le conflit franco-allemand relatif à l’occupation de cette localité stratégique.

Le 29 février 1960, Agadir, qui comptait à l’époque 47 000 habitants, fut détruite par une secousse tellurique de magnitude 5,7 à l’échelle de Richter en l’espace de 15 secondes. Les deux quartiers d’Agadir Oufella, la kasbah et Founti, furent totalement détruits. Le bilan de la catastrophe est tragique avec environ 15.000 morts. Plus d’un demi-siècle après, le site est encore à l’abandon.

Ressusciter la mémoire historique de la ville et redonner éclat à la Kasbah pour un meilleur rayonnement culturel et touristique ne pouvaient plus attendre, plaide le forum Izorane N’Agadir (Racines d’Agadir), une association qui regroupe d’anciens résidents de la capitale du Souss qui s’activent pour préserver la mémoire collective. Autorités, élus, tissu associatif et chercheurs semblent privilégier aujourd’hui une vision globale. Le projet de valorisation porte sur différents axes relatifs à la vocation historique et culturelle de la kasbah, son architecture et son environnement, ainsi que sur la sécurité et la mise en valeur touristique. La préservation des restes des victimes ensevelies sous les décombres fait aussi partie des priorités.

Pour transcender l’ensemble des difficultés qui ont entravé jusque-là le travail de restauration et de réhabilitation, une convention a été conclue entre différents partenaires (ministère de l’intérieur, ministère de la culture, Wilaya de la Région Souss Massa, Conseil régional et commune urbaine d’Agadir). Elle implique aussi le forum Izorane N’Agadir ainsi que l’Association des habitants originaires de la Kasbah qui regroupe des rescapés et ayants-droit, Marocains et étrangers.

L’objectif est d’arriver à valoriser ce patrimoine qui symbolise la mémoire collective et l’identité culturelle de toute une région.

Une enveloppe de 30 MDH a été mobilisée à cet effet sur trois ans. La société Al Omrane a été désignée pour prendre en main le travail de restauration avec la promesse de créer une société en charge de la mise en valeur et de la promotion de ce site qui surplombe la première station balnéaire nationale.

Dans le sillage de cette dynamique, l’ambassade des États-Unis au Maroc, a octroyé 150.000 dollars pour la restauration d’un tronçon de la muraille sud de la kasbah, dans le cadre du Fonds des ambassadeurs pour la préservation culturelle.

S’il est mené à terme, le projet de valorisation complétera incontestablement l’offre de la première station balnéaire.

Le volet culturel et historique permettra de refléter des pans entiers du riche passé de la ville, son ouverture sur le monde ainsi que la coexistence pacifique qui y règne entre différentes confessions.

Une telle œuvre constituera aussi un bel hommage à l’élan exceptionnel de solidarité des Marocains au lendemain du séisme ainsi qu’à l’œuvre de reconstruction menée sous la conduite de feu Mohammed V et feu Hassan II. Une histoire féconde qui a enclenché, depuis, le dynamisme reconnu pour cette partie du Maroc.

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