"Izran", l'arme douce des femmes pour lutter contre l’occupant

MAP / Propos recueillis par Ilias KHALAFI
30.03.2015
10h49
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Durant l’époque coloniale, les femmes Rifaines ont utilisé les poèmes "Izran" avec subtilité et adresse pour encourager et stimuler l’enthousiasme des résistants.

Durant l’époque coloniale, les femmes Rifaines ont utilisé les poèmes "Izran" avec subtilité et adresse pour encourager et stimuler l’enthousiasme des résistants dans leur lutte contre l’occupant, a affirmé le délégué provincial du Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération (HCAR) d’Al Hoceima, Abdelilah Chikhi.

La femme Rifaine a joué un rôle considérable dans la lutte contre l’occupant pendant le protectorat en poussant les combattants à persévérer dans la défense de leur cause juste, a confié, dans un entretien à la MAP, M. Chikhi, également chercheur, signalant que les témoignages oraux dévoilent de précieux détails sur la participation de la femme Rifaine, à l’instar des femmes marocaines en général, dans l’acte de résistance.

La littérature de résistance a constitué l’une des formes de la lutte contre l’occupant notamment à travers les poèmes "izran" qui représentaient une arme douce, mais incontournable, au service de la cause, a relevé M. Chikhi."Les vestiges qui nous sont parvenus des poèmes datant de cette époque témoignent de la participation active de la femme côte-à-côte avec l’homme", a-t-il dit.

Les femmes veillaient, d’un côté, à l’obtention d’informations sur les positions de l’ennemi et sur les collaborateurs de l’occupant, et, de l’autre côté, à la motivation des combattants en louant les vertus des plus vaillants, en rendant hommage à ceux qui rendent l’âme dans les combats, et en raillant les déserteurs, a souligné M. Chikhi.

Outre les travaux domestiques et pastoraux, la femme Rifaine se chargeait d’approvisionner les résistants avec la nourriture et la munition et de prodiguer les soins aux blessés, a-t-il dit, notant qu’elle a par ailleurs joué un rôle indispensable dans la transmission des valeurs culturelles et morales et la consécration des principes de patriotisme dans l’esprit des nouvelles générations.

Après avoir réussi à imposer leur hégémonie sur le Rif oriental suite à la défaite du leader de la résistance Mohamed Amezian, les troupes espagnoles ont commencé leur avancée vers l’Ouest avec pour objectif d’accéder à la tribu d’Ayt Ouaryaghel. Dans ce sens, les femmes ont été les premières à tirer la sonnette d’alarme en brandissant le drapeau vert (symbole de la guerre) pour mobiliser les résistants et stopper les assaillants, a ajouté le chercheur.

M. Chikhi a cité certains vers en amazigh (variante rifaine) de la mémoire locale qui témoignent de cet épisode important: "A yourid ouroumi, a yarsa dhi roudha, chyyar a Yamina, sermejdhour azegza" (les étrangers sont arrivés et se sont installés sur la plaine, O Yamina ! brandis donc ta ceinture verte).

Au fil des combats ayant opposé les deux camps, une multitude de poèmes ont été composés dont particulièrement l’épopée de "D’har Oubaran" qui constitue une trace historique et littéraire d’une grande valeur et représente l’une des formes de la production poétique collective dans la région, a relevé M. Chikhi.

L’un des passages de ce poème résonne ainsi : "vous les Rifains, vous avez toujours été de vaillants résistants, vous avez résisté avec vos mains, et ont résisté, même les femmes, elles ont transporté des jarres d’eau à travers les sentiers abrupts, elles ont transporté l’approvisionnement et gravi les montagnes".

Par ailleurs, précise le responsable provincial, les poètes Rifains ont accordé une place de choix à la femme dans leurs poèmes en lui attribuant le mérite d’être à l’origine de l’inspiration et de l’exaltation des résistants et d'avoir donné naissance à des combattants chevronnés. "Avec ta silhouette gracieuse, Fadhma la rifaine que Dieu te bénisse quand tu accouche, que Dieu te bénisse quand tu berce ton enfant".

En dépit des coutumes et des traditions conservatrices de l’époque, et à fortiori dans une région rurale, la femme du Rif a pu jouer un rôle clef dans le mouvement de résistance et s’imposer dans un domaine aussi périlleux et éprouvant. Ces femmes anonymes qui ont défendu leur patrie avec honneur méritent un hommage particulier.

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