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Monde

afp.com, 14/10/2009 08h41

Dans le sud afghan, les chefs tribaux excédés par la présidentielle

Fraudes présumées à grande échelle, délai interminable avant le résultat, incapacité du gouvernement à assurer la sécurité: les chefs tribaux pachtounes du sud afghan, excédés par l'élection présidentielle, menacent de boycotter un éventuel second tour

Des urnes de la présidentielle afghane avant leur inspection, le 5 octobre 2009 à Kaboul
KANDAHAR, Afghanistan (AFP)

Accusé d'avoir commis la majorité des fraudes, le président sortant Hamid Karzaï est en tête avec 54,6% des voix, selon des résultats préliminaires. Il a jugé "totalement artificielles" les estimations selon lesquelles un tiers de ses voix seraient frauduleuses, mardi à la télévision américaine.

Les autorités électorales enquêtent sur les plaintes pour fraude et pourraient annuler nombre de bulletins de votes suspects.

La Commission indépendante électorale (IEC) devrait annoncer dans les prochains jours si un second tour est nécessaire - au cas où M. Karzaï passerait sous la barre des 50% - ou si ce dernier l'a emporté. Mais dans les provinces pachtounes du sud, bastions talibans et bases électorales du président sortant, on considère cela d'un oeil noir.

"S'il y a un second tour, nous ne participerons pas. Ca ne vaut pas la peine de risquer encore une fois de se faire couper les doigts ou la tête, et que nos policiers et soldats meurent. Ni Karzaï ni Abdullah ne valent de risquer la vie de nos enfants", lance Sadruddin Khan, un chef tribal de Kandahar.

Policiers afghans et soldats italiens sur le site de l'attentat à la voiture piégée contre un convoi italien de l'Otan le 17 septembre 2009
KANDAHAR, Afghanistan (AFP)

Les violences des talibans - attaques à la roquette contre des bureaux de vote ou amputation des doigts marqués d'encre des électeurs - ont plombé la participation, à 38,7% au niveau national et autour de 5% dans les provinces du Helmand et de Kandahar.

Khonchazaï, un ancien du Helmand, estime que "les Afghans ne prendront pas à nouveau les mêmes risques, surtout au vu des fraudes, qui prouvent que leur vote n'a pas été respecté".

Autre notable du Helmand, Assadullah a trouvé "une preuve claire de fraude", expliquant que dans son district de Nad Ali, 1.800 personnes ont réellement voté alors que les chiffres officiels évoquent plusieurs milliers de votants.

"Un second tour ne servira ni le pays, ni le peuple, et ne donnera pas plus confiance à la population dans le processus électoral", assure-t-il. "Si je dois voter une seconde fois, qu'est-ce que cela implique pour la valeur de mon premier vote?", demande Abdul Satar, 55 ans, un chef de la province proche de Zaboul.

Des membres de la Commission de contrôle des élections recomptent les bulletins de vote, le 7 octobre 2009, à Kaboul
KANDAHAR, Afghanistan (AFP)

Certains anciens critiquent la communauté internationale pour n'avoir pas garanti une élection régulière, référence directe à la controverse sur le rôle de l'ONU qui a soutenu et financé le scrutin.

Fin septembre, le chef adjoint de l'ONU en Afghanistan Peter Galbraith a été démis de ses fonctions, après une dispute avec son chef Kai Eide sur la manière dont les Nations Unies devaient gérer le problème des fraudes.

M. Galbraith a déclaré mardi sur CNN que le résultat des enquêtes pour fraude devrait faire passer M. Karzaï sous les 50%.

Mais "Karzaï et l'IEC, qui n'est pas indépendante mais pro-Karzaï, accepteront-ils cette décision? Si non, la crise politique (...) empirera", a-t-il dit.

Pour Hafizullah Khan, 60 ans, chef tribal à Kandahar, le problème est réglé: "toute la curiosité que nous pouvions avoir auparavant à propos de qui sera notre nouveau président a maintenant disparu de nos coeurs".

"Ils peuvent bien annoncer le nom de qui ils veulent, ça ne fera aucune différence pour nous. Tout ce que nous avons appris de cette élection est qu'il y aura toujours des fraudes aux élections, et que celui qui est au pouvoir, quel qu'il soit, commettra des fraudes", estime-t-il.


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