Bitcoin et autres crypto-monnaies : Quels en sont les risques?

Bitcoin et autres crypto-monnaies : Quels en sont les risques?

Les crypto-monnaies ont le vent en poupe depuis quelques mois et font couler beaucoup d'encre quant aux risques qu'elles engendrent. Quoique très volatile, la valeur du bitcoin, la "mère" de ces monnaies virtuelles, est passée de quelques centimes en 2010 à plus de 54 mille dollars américains à la date d'écriture de ces lignes.

A en croire le site spécialisé « coinmarketcap », il existe actuellement 9.478 monnaies virtuelles différentes pour une capitalisation globale de plus de 2.067 milliards de dollars (Md$). Le bitcoin représente près de la moitié de cette valorisation (49,3%) soit 1.023 Md$, suivi de l’Ethereum (14,8%), dont la valeur a également bondi de 0,4209 en 2016 à 2.661 dollars actuellement. Une envolée qui interpelle essentiellement sur ses origines et surtout sur les risques liés à l’usage de ces crypto-actifs.

Pour Hicham Sadok, professeur d’économie et de finance à l’Université Mohammed V de Rabat, les crypto-monnaies sont particulièrement scrutées dans le monde de la finance depuis l’avènement du Covid-19 et les décisions des gouvernements de recourir massivement à la dette publique pour faire face aux besoins.

L’explication de cet engouement est conjoncturelle, a jugé M. Sadok, dans une interview à la MAP, notant qu’avec la pandémie, les investisseurs cherchent des alternatives aux investissements classiques.

« Les actions sont à des niveaux historiquement élevés, les produits de taux (les obligations) ne rapportent presque rien parce que les taux d’intérêt sont trop bas, et ils sont appelés, semble-t-il, à le rester un bon moment, sauf si l’inflation lors de la reprise économique poussent les banques centrales à revoir leur politique monétaire », a-t-il expliqué.

Dans cette crainte qu’une poussée d’inflation aura lieu dès que les économies seraient déconfinées, les crypto-monnaies servent aussi de refuge pour les investisseurs et les épargnants des pays développés, a soutenu l’universitaire.

D’après lui, outre les premiers fans des crypto-monnaies, qui le sont d’ailleurs pour des raisons idéologiques, auxquels se sont ajoutés les partisans de la désintermédiation de l’économie bancaire, la situation macroéconomique qui résulte de la pandémie a entraîné l’émergence d’investisseurs additionnels sur le marché des crypto-monnaies, dont de très grandes entreprises, au même titre que les ménages des pays développés qui ont vu leur épargne grimpé en flèche pendant cette crise.

« Tous ces paramètres ont engendré une pression sur la demande des crypto-monnaies alors que leur offre est très limitée », a fait valoir M. Sadok.

Les crypto-monnaies, rappelons-le, se basent sur la « Blockchain » ou chaine de blocs qui consiste en une technologie décentralisée et très sécurisée répartie sur plusieurs ordinateurs, lesquels gèrent et enregistrent les transactions. Il s’agit d’une technologie que les pirates informatiques ont du mal à falsifier.

« Les transactions nécessitent un processus d’authentification à deux facteurs, à peu près de la même manière que lors du paiement bancaire en ligne. Mais, comme pour tous les échanges qui se font sur internet, il convient de se mettre en garde contre les tentatives éventuelles d’arnaques ou d’escroqueries et surtout, la sûreté des portefeuilles qui abritent ces crypto-monnaies », a souligné M. Sadok.

Toutefois, le plus grand risque est de perdre son mot de passe ce qui signifie perdre le moyen d’accéder à son porte-monnaie numérique et donc de perdre sa fortune, a, de son côté, indiqué Rachid Guerraoui, professeur d’informatique à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), qui explique l’engouement pour les cryptomonnaies par cette technologie numérique sous-jacente (blockchain) laquelle est assez « révolutionnaire ». La volatilité constitue aussi un des risques de ces monnaies virtuelles.

En effet, il suffit de voir le graphe d’évolution d’une de ces crypto-monnaies sur un site spécialisé pour comprendre qu’elles sont sujet à des fluctuations de valeur importantes.

Le prix, largement imprévisible, peut varier à la hausse comme à la baisse en très peu de temps. Il peut gagner 10% le premier jour, 20% le deuxième et chuter de 30% le troisième jour. Pour le cas du Bitcoin, à titre d’exemple, et après avoir atteint un plus haut historique de plus de 64.000 dollars le 14 avril courant, il a chuté à 48.597 dollars dimanche dernier avant de bondir encore une fois à plus de 55.400 dollars.  D’ailleurs, cette nature hautement volatile des crypto-monnaies figure en tête de la liste des facteurs de risque de Coinbase, la plateforme d’échange de crypto actifs introduite en Bourse américaine le 14 avril 2021.

Selon la déclaration d’enregistrement dite S-1 (Form S-1) auprès de l’US Securities and Exchange Commission (SEC) concernant le projet de son introduction, Coinbase évoque également les cyberattaques et les failles de sécurité qui pourraient affecter la plate-forme ou les clients, comme facteur de risque majeur.

Au Maroc, Bank Al-Maghrib (BAM) et le ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration ont publié récemment une capsule vidéo dans le cadre des efforts de sensibilisation aux risques liés aux crypto-monnaies.

Tout en expliquant le principe et leur fonctionnement, ils précisent qu’une transaction en crypto-monnaies ne nécessite aucunement les informations sur l’identité de détenteur du portefeuille et par conséquent, leur utilisation expose au risque d’échanger avec des personnes inconnues et souvent malveillantes.

« Ainsi, il est difficile de connaître la source de l’argent reçu ou l’identité de celui à qui vous l’envoyez. Ce système fonctionne sans intermédiaire entre les vendeurs et les acheteurs et pas seulement. Les virements ne peuvent pas être réalisés au niveau d’une banque commerciale et aucune banque centrale ne régule ces transactions ni garantit l’argent échangé entre les utilisateurs ou encore la valeur de ces monnaies », ajoutent BAM et le ministère.

L’absence d’autorité centrale ou d’administrateur unique a fait que les crypto-monnaies soient le principal moyen de transactions au niveau des marchés criminels et illicites, comme le terrorisme, le trafic d’armes ou encore la traite des êtres humains, alertent-ils.

La réglementation des changes au Maroc interdit l’utilisation de monnaies virtuelles dans les transactions financières avec l’étranger, qui ne doivent être effectuées que via les banques marocaines et avec les devises cotées par BAM.

De même l’investissement à l’étranger dans les crypto-monnaies comme actif, ou toute autre forme d’investissement n’est pas permis par la réglementation des changes en vigueur. Les conditions d’investissement étrangers sont bien définies par l’instruction générale des opérations de changes.