Confinement : ses effets psychologiques et comment les limiter

Confinement : ses effets psychologiques et comment les limiter

Depuis l'instauration de l'état d'urgence sanitaire, le 20 mars dernier, des millions de Marocains vivent une situation inhabituelle, celle du confinement. Mesure d’urgence sanitaire de base pour contenir le nouveau coronavirus (Covid-19), le confinement pourrait avoir un impact psychologique sur une importante partie de la population.

Widiane Chakkouche, docteur en psychologie et psychotraumatologue, revient sur les conséquences psychologiques de l’isolement à domicile et les comportements à adopter pour mieux le supporter.

1- Quelles répercussions du confinement sur le mental des Marocains ?

Concernant les Marocains spécifiquement, nous n’avons pas encore assez de recul sur ce confinement en cours car cette situation est inédite. Certes, l’incertitude économique, les problèmes financiers, le chômage, la faillite peuvent avoir un impact sur la gestion du stress et de l’agressivité.

Les experts chinois qui viennent de passer par cette crise évoquent l’apparition du sentiment d’impuissance et d’ennui croissant au fil du temps, se rajoutant à la peur de la contamination.

Le peu d’études sur le confinement des crises sanitaires antérieures Sras ou Ebola révèlent des décompensations aiguës chez les personnes qui souffraient préalablement de troubles psychiques, mais également l’apparition de troubles anxieux, des états dépressifs, des addictions chez 5 à 10 % de la population sans antécédents.

Le confinement peut également réveiller d’autres traumatismes antérieurs vécus et là on parlerait du Trouble Stress Post-Traumatique.

2- Quelles peuvent être les conséquences du confinement sur la vie de famille et du couple en particulier ?

En temps normal, les enfants sont déjà un sujet important de discorde dans les couples. Durant le confinement, les tensions peuvent être encore plus fortes.

Selon plusieurs études, le confinement est très compliqué quand les enfants sont en bas âge puisqu’ils sont totalement dépendants de leurs parents. Il serait alors moins difficile dans les familles de plus de deux enfants car ces derniers jouent ensemble, laissant du répit aux parents.

Pour les enfants maltraités comme pour les femmes victimes de violences conjugales, le confinement va augmenter les violences subies. Dans ces familles dysfonctionnelles, les enfants se retrouvent, en confinement, dans des conditions pires encore puisqu’ils n’ont plus le répit d’une journée à l’école.

Cependant, la période de confinement est l’occasion de dialoguer davantage, de passer du temps en famille et de se recentrer sur l’essentiel.

A noter qu’au Maroc, nous n’avons pas de problèmes d’approvisionnement. Aussi une bonne partie de la population a accès au téléphone, à Internet, ce qui facilite les échanges et donc le maintien des liens sociaux. Ceci constitue bien un facteur de protection pour ce confinement. Mais cela n’exclue pas les fragilités chez les individus.

3- Comment parler aux enfants durant cette période ?

Il n’est pas conseillé de faire comme si de rien n’était. Il est essentiel de parler de cette crise  aux enfants. Bien entendu le discours et le contenu doit être adapté à l’âge de l’enfant. Quel discours adopter ? L’important est de dire qu’il s’agit d’une période bien particulière, que les habitudes de tout le monde sont chamboulées, mais qu’avec un peu d’organisation et de coopération, tout rentrera dans l’ordre. Je rajouterai l’importance de mettre en avant les choses qui sont mises en place pour sortir de la situation. 

Nous pouvons également mettre l’enfant dans une position où il se sent acteur plutôt qu’observateur de ce qui va se passer. Nous pouvons lui demander par exemple quelles sont les activités qu’il souhaiterait mettre en place pour que ces jours ou semaines soient agréables. Pour un enfant en bas âge, nous pouvons lui proposer le choix entre deux activités ludiques adaptées à son âge. Cela mobilisera leur énergie vers quelque chose qui va les aider à se contenir.

Widiane Chakkouche, docteur en psychologie et psychotraumatologue / DR

4- Les personnes souffrant déjà d’angoisse ou de dépression, comment peuvent-elle gérer au mieux la situation actuelle ?

Les personnes les plus touchées par l’anxiété et les troubles connexes peuvent être en grande souffrance en cette période de confinement. Afin de gérer au mieux la situation actuelle, il leur est conseillé d’éviter l’hyperexposition médiatique surtout chez les personnes anxieuses, cela ne ferait qu’augmenter leur niveau de stress. La désinformation et la lecture de « fake news » alimentent les scénarios catastrophes, ce qui peut qu’empirer leur état mental.

Je rajouterai la pratique physique pour libérer les tensions, et j’insisterai sur la pratique de la relaxation (yoga, mindfulness, sophrologie…) tous les jours. Se connecter à soi en méditant, en faisant des exercices de respiration stimuleraient le système nerveux parasympathique nécessaire à la diminution du stress généré par cette crise.

Pour ceux dont l’état s’aggrave ou dont les symptômes sont aigus devraient faire appel à une aide professionnelle de la santé mentale. Certains médicaments peuvent aider à traiter efficacement les problèmes d’anxiété et de dépression.

A noter que des cellules d’urgences téléphoniques gratuites sont mises en place par le réseau psy afin d’apporter de l’aide aux personnes en détresse.

5- Quels enseignements peut-on bien tirés de cette crise ?

Cette crise sanitaire met en évidence l’impréparation dans laquelle se trouvent nos sociétés de manière générale ; Aucun plan d’urgence développé pour affronter une telle pandémie. L’expérience actuelle devra nous servir pour la crise climatique et adopter un plan global d’urgence climatique. Toutes nos énergies devraient désormais être concentrées sur la reconversion écologique de nos sociétés tout en repensant un nouveau modèle de développement économique respectant les limites de la planète.

6- A cette occasion, quels conseils pourriez-vous donner aux lecteurs de Menara.ma ?

Il est important de se tenir à des routines, afin de maintenir ses rythmes biologiques : le lever matinal, les repas à heure régulière et instaurer une activité physique.

Aussi, il est indispensable de maintenir des liens avec l’extérieur ; de garder contact avec la famille et les amis, par téléphone, par WhatsApp pour prendre de leurs nouvelles pour ainsi, réduire l’isolement.

Enfin, de créer des moments de ressources comme faire de la relaxation pour mieux gérer le stress et apprendre à bien vivre l’instant présent en mobilisant tous ces sens. Et de profiter de cette occasion pour faire les choses qu’on aime ; lecture, se cultiver, prendre soin de ceux qu’on aime etc.

Et bien sûr je rappellerai le respect des mesures de protection et du « rester chez vous ».