Etre séropositif en 2022 : à quand la déconstruction des idées reçues ?

Etre séropositif en 2022 : à quand la déconstruction des idées reçues ?

Un homme avec le ruban rouge symbolisant le sida participe à la journée mondiale contre le sida à Caracas au Venezuela, le 1er décembre 2001 / Crédit: AFP

Il est vrai que le Sida est loin d'être éradiqué, en dépit des efforts consentis en matière de prévention, de dépistage et d’accès aux traitements. Quid de l’épidémie du rejet, d’accusations et de stigmatisation qui n’en demeure pas moins contagieuse que le VIH ?

Condamnés à vivre dans l’ombre par peur du jugement, les porteurs du VIH (virus de l’immunodéficience humain) ne subissent pas que les dommages causés par la maladie, mais endurent sévèrement le regard méfiant porté par la société.

Les réactions au VIH varient entre le silence et le déni, et la circulation des fausses idées sur la maladie ne fait que nourrir une sérophobie galopante. Démêler le vrai du faux, telle est la démarche qui s’avère cruciale pour balayer les préjugés pesant sur la vie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Qu’il s’agisse d’une erreur de jugement ou d’une mauvaise interprétation, il est temps de dissiper une image d’un autre âge attribuée aux porteurs du VIH en vue d’assainir les attitudes.

Loin de minimiser la gravité de l’épidémie, il convient de rappeler qu’une personne séropositive sous traitement mène aujourd’hui une vie normale en l’absence de risque pour les autres, d’où l’intérêt de rompre avec les stéréotypes qui se sont enracinés dans les mentalités, creusant ainsi le fossé entre les PVVIH et le reste de la société.

Dans un entretien accordé à la MAP à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le Sida, célébrée le 1er décembre de chaque année, le président de l’Association de Lutte Contre le Sida (ALCS) et de Coalition PLUS, Pr Mehdi Karkouri, a indiqué que plus de 40 ans après le début de l’épidémie, ce sont toujours les mêmes idées reçues qui circulent dans la société, à savoir les fausses informations sur les moyens de transmission, générant une phobie contre les personnes vivant avec le VIH.

Une autre idée reçue serait que l’infection à VIH est une punition divine pour châtier un comportement inacceptable par la société et la religion, a-t-il fait observer, notant qu’une étude du Ministère de la santé et de la protection sociale avait montré que près de 70% des femmes infectées par le VIH au Maroc l’avaient été dans le cadre de la relation conjugale.

En ce sens, Pr Karkouri a affirmé que le VIH se transmet par 3 voies seulement : les relations sexuelles sans protection, le sang (par exemple, l’utilisation d’instruments tranchants) et de la femme enceinte à son bébé.

Aucune autre voie de transmission n’existe (les gestes de la vie courante, comme se serrer la main, manger dans la même assiette, travailler dans le même bureau, aller au hammam…), a-t-il expliqué. D’après une étude sur l’indice de stigmatisation des PVVIH réalisée en 2016 par le Ministère, et dans laquelle l’ALCS était impliquée, près de 50,2% étaient victimes d’attitudes discriminantes et près de 41,2% s’étaient vues refuser des soins, a relevé Pr Karkouri, soulignant la nécessité de démonter les mythes qui ne font que renforcer l’exclusion des personnes avec le VIH et empêchent que les efforts de lutte contre le sida ne soient totalement efficaces.

Par ailleurs, il a assuré qu’une personne séropositive peut être en bonne santé grâce au traitement « antirétroviral » ou encore « trithérapie » (une combinaison de 3 médicaments) qui ne permet pas de se débarrasser du virus mais le contient et l’empêche tout de même de se développer, avertissant qu’il faut le prendre régulièrement et de façon continue car l’infection reprend en cas d’arrêt de traitement.

A cet égard, le président de l’ALCS a tenu à expliquer que sous traitement, le niveau de virus dans le corps de la personne vivant avec le VIH devient tellement faible qu’elle ne le transmet plus aux autres, permettant ainsi à une personne séropositive d’avoir des enfants séronégatifs, ou à un couple sérodiscordant (un partenaire est séropositif et l’autre est séronégatif) de vivre ensemble et même d’avoir des relations sexuelles non protégées sans peur de contamination.

Le Maroc dispose d’une excellente stratégie de lutte contre l’infection à VIH et il est souvent cité en exemple dans la région MENA. Hormis les années Covid, le Royaume a été quasiment le seul pays à réduire le nombre des nouvelles infections année après année.

Ainsi, le nombre des nouvelles infections a été réduit de 48% et les décès liés au sida de 58% depuis 2010, alors que ces taux ont fortement augmenté en région MENA durant la même période, a fait remarquer Pr Karkouri.

A travers sa large couverture du territoire national (19 sections et 5 unités mobiles de dépistage et de prévention), l’ALCS contribue à hauteur de 70% des objectifs nationaux en matière de prévention combinée du VIH/sida en direction des populations clés les plus exposées aux risques d’infection.

L’ALCS est membre fondateur de Coalition Plus, une Coalition Internationale d’associations de lutte contre le Sida, qui intervient dans près de 50 pays auprès d’une centaine d’associations partenaires qu’elle renforce pour une meilleure implication des communautés concernées dans l’effort de lutte contre le sida, pour offrir des services différenciés et de qualité pour les populations clés et pour qu’elle participent pleinement dans l’élaboration des politiques nationales et régionales de lutte contre le sida.

MAP / Mohamed Achraf Laaraj