Mohamed Douyeb : "Volontarisme numérique, c’est le moment !"

Mohamed Douyeb : "Volontarisme numérique, c’est le moment !"

Mohamed Douyeb, Président-cofondateur du think tank Digital Act.

Au Maroc, le processus de transformation digitale s’est accéléré à une vitesse exceptionnelle en 2020, poussant le numérique à devenir un vrai levier du développement.

Enseignement à distance, télétravail, e-commerce… Les gens se sont vite adaptés à ces différents procédés pendant le confinement sanitaire. Ainsi, la crise du Covid-19 a enclenché une véritable transition vers le digital et une culture numérique commence à s’installer.

Alors que de nombreux chantiers sont en cours ou en projet de transformation numérique au Maroc, 2021 se dessine-t-elle comme étant l’année du digital ? Mohamed Douyeb, Président-cofondateur du think tank Digital Act, nous donne son avis sur la question. Interview

Menara.ma : La pandémie du Covid-19 a accéléré les chantiers digitaux. Est ce qu’on peut considérer que 2021 sera une année du digital ?

M. Douyeb : Je l’espère vivement ! Mais il est vraiment difficile de se projeter ! A ce stade, nous manquons d’indicateurs précis. Il faut se méfier des grandes annonces. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a eu beaucoup d’acquis, pendant l’année 2020, en matière d’accélération digitale aussi bien dans les domaines publics que privés. Une prise de conscience générale commence à s’ancrer quant à l’importance du numérique dans tous les domaines de la vie et de la nécessité d’un encadrement législatif. Dans ce cadre, il faut souligner l’adoption d’une série de projets en 2020, pour ne citer que celui relatif aux transactions électroniques. Toujours est-il, le gap à rattraper en matière d’usages numériques est énorme. Tout ce rattrapage numérique, réalisé dans l’urgence à cause de la crise sanitaire du Covid, doit donner lieu à une véritable politique numérique publique ambitieuse, inclusive et fédératrice. 2021 étant une année électorale… j’espère que le numérique sera au cœur des débats.

A votre avis, quels sont les chantiers prioritaires pour accélérer la transformation digitale au Maroc ?

Les chantiers sont à la fois nombreux, stratégiques et complexes. Si je dois retenir un chantier, ce serait celui des services publics. A ce stade, ce qui nous manque, c’est une vision politique du Maroc numérique que nous voulons. Cette question ne concerne pas uniquement un ministère ou un gouvernement, c’est un enjeu national qui doit interpeller toutes les forces vives de la nation et les parties prenantes à savoir les pouvoirs publics, les acteurs politiques, les opérateurs privés et la société civile. Il serait naïf de croire que les questions du numérique peuvent se résoudre dans le cadre de consultations entre un département ministériel et des fédérations professionnelles. Le numérique doit être une question éminemment politique. La question est de savoir comment le digital peut être un levier de développement humain.

Comment est-ce que les médias vivent aujourd’hui ce développement du digital ?   

Si je prends ma casquette d’homme des médias, je dirais que les supports médiatiques ont aujourd’hui une opportunité historique pour faire valoir leur utilité et importance grâce au digital. Jamais les citoyens, les gouvernants, les décideurs, les opérateurs privés…  n’ont eu autant besoin de médias professionnels, éthiques et rigoureux. C’est un énorme acquis réalisé pendant cette crise sanitaire. Toute la question est de savoir comment transformer cet acquis en un levier de développement à la fois éditorial et économique. Des disruptions sont à prévoir et des nouveaux modèles doivent forcément émerger.