Souks hebdomadaires: Un patrimoine culturel chargé de symboles

Souks hebdomadaires: Un patrimoine culturel chargé de symboles

Un souk hebdomadaire au Maroc

En tant que patrimoine culturel et économique, les souks ou marchés hebdomadaires de la région de Casablanca-Settat occupent toujours une place de choix en matière de commerce, de rencontres et de renforcement des relations sociales, en dépit de l'émergence des grandes surfaces modernes.

Ces marchés revêtent une importance particulière à plusieurs égards, vu qu’ils couvrent tous les jours de la semaine, à l’exception du vendredi pour des considérations religieuses, afin de permettre aux commerçants d’écouler leurs marchandises.

En effet, différentes zones de la région abritent ces souks, dont « Had Bouskoura », « Had Soualem », « Had Louizia à Mohammadia » (dimanche), « Itnain Berrechid » (lundi), « Toulatae Sidi Bennour » (mardi), « Arbiaa Oulad Amrane » (mercredi), « Khemiss Zemamra » (jeudi) et « Sbit à Casablanca » (samedi).

La finalité et la portée de ces souks dépassent le cadre strictement commercial, étant intimement liés à la vie de la population dans le sens le plus large. C’est pourquoi certaines localités portent le nom de leur marché hebdomadaire, une donne qui ne s’applique pas uniquement à la région de Casablanca-Settat mais à l’ensemble des régions du Royaume.

L’histoire de ces marchés remonte à une époque lointaine, en constituant, à travers les temps, un carrefour commercial qui s’est transformé en un rassemblement démographique avec la sédentarisation sur les lieux d’un nombre de familles ayant composé le noyau de villages, voire des villes. Cela en a fait un patrimoine collectif et un espace propice pour nouer des relations sociales.

Les marchés hebdomadaires sont un laboratoire à ciel ouvert pour mieux étudier et comprendre les habitudes consuméristes et alimentaires des populations locales au travers de l’inventaire empirique des produits et marchandises écoulés, dont la composition et la nature renseignent sur le pouvoir d’achat des catégories qui les fréquentent, a expliqué à la MAP le sociologue Brahim el Hamdaoui.

La pérennité de ces souks aussi bien dans les grandes villes que les petites localités soulève plusieurs questions sociales en rapport avec le développement, le changement et l’adaptation sociale des catégories vulnérables, a-t-il ajouté, relevant que ces lieux prolifèrent généralement dans des quartiers périphériques et les médinas.

Concernant l’appellation de ces marchés, l’on est passé, selon lui, du masculin (souk) au féminin (souika), compte tenu du volume des marchandises et produits commercialisés dans l’un et l’autre.

Ces marchés jouent plusieurs rôles, notamment un lien socio-interactif entre le commerçant et l’acheteur basé sur la confiance mutuelle, une dimension symbolique héritée de la culture des aïeux et des valeurs traditionnelles, ainsi qu’un facteur de sociabilité qui consiste en la réalisation de l’intégration sociale.

Ils sont aussi générateurs d’opportunités d’emploi temporaires au profit des catégories vulnérables, pauvres et non qualifiées, aux veuves et divorcées, aux personnes âgées et à besoins spécifiques, puisque le souk devient un espace pour conjurer leurs crises et leurs échecs, a-t-il expliqué.

Certes, ces souks sont bien anciens, mais ils se sont développés au fil du temps suivant en cela l’évolution de la vie des gens et ceux qui les fréquentent, non seulement pour ce qui est des opérations de vente et d’achat, mais aussi concernant leur aménagement et leur modernisation qui ont contribué au développement local et au renforcement des liens entre les individus et au sein de la collectivité.

En conséquence, la préservation du cachet traditionnel des souks dans la région de Casablanca-Settat revêt une grande importance, pour plusieurs considérations, mais la persistance de certains problèmes (délabrement, mauvaise organisation, absence de propreté, etc.), n’encourage pas leur fréquentation par des catégories sociales plus aisées et désormais habituées à des modes de consommation plus adaptées à l’époque.

Abdellatif El Jaafari