Tozy : Au-delà des "trajectoires prescrites", les Etats tissent leur propre "temps politique"

Tozy : Au-delà des "trajectoires prescrites", les Etats tissent leur propre "temps politique"

Le politologue Mohamed Tozy, lors d'une table ronde organisée à l’occasion du 27ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat, le 8 juin 2022 / Crédit: MAP

La réussite de l'expérience démocratique d’une nation est liée à sa capacité à "se démarquer des trajectoires prescrites" pour "tisser son temps politique", a indiqué, mercredi à Rabat, le politologue Mohamed Tozy.

Ce temps politique n’est pas uni ni homogène, mais c’est un enchevêtrement de plusieurs temporalités, styles et façons de gouverner qui se chevauchent dans une même séquence de temps, a expliqué M. Tozy lors d’une table ronde intitulée « Tisser le temps politique au Maroc », organisée dans le cadre des Rencontres culturelles du Book Club Le Matin, à l’occasion du 27ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat.

« En se penchant sur les rapports des Marocains à la politique et à la religion par exemple, on assiste à une multiplicité de mises en scène de notre Moi, où s’imbriquent des comportements qu’on serait tentés de qualifier de paradoxaux. Certains diraient que c’est de l’ambivalence ou carrément de la schizophrénie, moi je dis plutôt que les gens tissent leur propre vécu et leur propre temps », estime l’universitaire lors de cette rencontre dédiée à son dernier ouvrage « Tisser le temps politique au Maroc. Imaginaire de l’État à l’âge néolibéral », co-écrit avec Béatrice Hibou (Éditions Karthala, Paris, 2020), et animée par le journaliste Abdellah Tourabi.

Notant que l’État « n’est pas seulement un ensemble d’institutions, mais aussi un ensemble de valeurs liant les gouvernants aux gouvernés », l’auteur s’attarde sur les différentes formes de l’État (État-cité, État-empire, État-nation, État néolibéral) et leurs caractéristiques.

« Chaque État, dans sa façon de gouverner, fait des va-et-vient et des accommodages entre ces différents prototypes », précise-t-il.

Au Maroc, la culture politique forgée sur des décennies fait que l’on s’accommode aussi bien du néo-libéralisme que de l’interventionnisme, poursuit le politologue, estimant qu’en matière de transition démocratique, il n’existe pas de chemin tout indiqué et qu’au-delà des « trajectoires prescrites », il faut prendre en compte « les itinéraires particuliers ».

« L’octroi aux Marocaines du droit de transmettre la nationalité à leurs enfants ou encore d’exercer le métier d’adoul est, à mon avis, un indicateur de transition démocratique plus fort que le taux de participation aux élections par exemple », argue-t-il.

Co-organisée avec Sochepress, cette table ronde est la cinquième d’une série de rencontres culturelles programmées à l’occasion du 27ème Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat.

Ces Rencontres mettent à l’honneur des femmes et des hommes des lettres, des arts et de la culture, tels que Gabriel Banon, Fouad Laroui, Yasmine Chami et Abdellah Mouttaqi, qui viennent partager avec le public des réflexions autour de leurs ouvrages.