Yasmine Benabdallah, une jeune cinéaste marocaine à la carrière prometteuse

Yasmine Benabdallah, une jeune cinéaste marocaine à la carrière prometteuse

La cinéaste marocaine Yasmine Benabdallah / Crédit photo: HIFF2019

Âgée à peine de 24 ans, Yasmine Benabdallah est une réalisatrice de cinéma documentaire marocaine, pleine de vie et de talent. Son nouveau film, un long métrage intitulé “Ojalá: la vuelta al origen” vient d’être projeté récemment dans le cadre du Festival du film indépendant de Haïfa. Portrait et interview d'une ambitieuse cinéaste encore méconnue du public marocain.

Née et ayant grandi à Rabat, Yasmine Benabdallah a fait des études de cinéma et de mathématiques à l’Université de Columbia, à New York. En 2016, elle a réalisé son premier court-métrage documentaire : « The Travel Curiosity », sur l’amour que son père porte au voyage, tourné à Mohammedia et projeté en compétition au Festival du Film d’Alexandrie. Elle s’est ensuite installée à Paris où elle a suivi un Master en Arts Politiques à Sciences Po (SPEAP).

Après avoir fait son second court-métrage « Observational » sur les images de surveillance, Yasmine Benabdallah a réalisé « Ojalá: la vuelta al origen », un long-métrage documentaire sur la danse de la diaspora Palestinienne à Santiago, au Chili, qui vient tout juste d’être montré au Festival du Film Indépendant de Haïfa. Comme complément au film, elle a développé « Its people, its sky, its scent », une installation visuelle, tentative de retrouver le Chili en Palestine.

La jeune cinéaste marocaine a également eu l’opportunité de faire partie de plusieurs résidences artistiques, comme c’est le cas au Théâtre Nanterre-Amandiers (France), à « En Route » à Bethlehem (Palestine), et à la résidence panafricaine d’écriture documentaire du FIDADOC à Meknès.

Image du court-métrage documentaire « The Travel Curiosity »

* Quand avez-vous commencé à faire du cinéma ?

Au lycée, j’ai eu la chance de faire partie d’un cours de cinéma pendant trois ans. C’est comme ça que j’ai commencé à filmer et à écrire des histoires, mais c’est à l’université que j’ai pu travailler avec des réalisateurs expérimentés et apprendre d’eux. 

* Y a-t-il des réalisateurs qui vous ont particulièrement inspiré ?

Si je dois citer des réalisateurs ou artistes qui m’ont récemment influencé, ce serait Chloé Zhao, réalisatrice chinoise de « Les Chansons que mes frères m’ont apprises » par la tendresse et la bienveillance de la relation qu’elle a avec ses personnages, Cynthia Wade, réalisatrice américaine oscarisée de « Freeheld » avec qui j’ai eu la chance de travailler, par sa manière de construire des arcs de narration et d’émotion, et Bouchra Khalili, artiste marocaine auteure de « Twenty-Two Hours », par la rencontre inattendue de sujets et de formes. 

* Si l’on regarde toute votre filmographie, y trouve-t-on un thème commun ?

Quand j’étais plus jeune, j’étais d’abord attirée par le cinéma parce que quelqu’un d’illettré, comme ma grand-mère, pouvait quand même accéder à l’histoire d’un film.

Les films que je fais ont beaucoup à voir avec comment j’ai grandi, ma famille et mon expérience du Maroc. Ayant grandi avec un père qui aime raconter des histoires, j’ai fait mon premier documentaire sur lui. Ce film-là a annoncé le ton de mes projets suivants : quelque chose à voir avec une confiance et une tendresse pour raconter une histoire guidée par des relations humaines.

Etant moi-même quelqu’un entre différents espaces, je m’intéresse particulièrement aux questions d’identités, et comment elles transparaissent à travers les rituels, les traditions orales, et les mémoires individuelles et collectives.

Pour explorer ces questions, j’ai tendance à déplacer la conversation, que ça soit dans le temps ou dans l’espace, offrant une narration différente, souvent surprenante : emmenant mon père en 1965 ou encore la Palestine au Chili.

 * Comment décidez-vous d’un sujet plus généralement ?

Je décide souvent de mes sujets à partir d’une rencontre, que ce soit avec une personne ou avec un endroit, dans laquelle je retrouve plusieurs de mes intérêts. J’ai une approche de recherche avec la plupart de mes projets, qui peut s’apparenter à de la recherche en sociologie. Donc je lis beaucoup et je discute avec différentes personnes avant de commencer à écrire. 

Image du long-métrage « Ojalá: la vuelta al origen »

* Votre dernier long-métrage « Ojalá: la vuelta al origen » a été projeté au Festival du film indépendant de Haïfa, que pouvez-vous nous dire sur cette participation ?

J’étais très heureuse de pouvoir montrer mon film au Festival du Film Indépendant de Haïfa en mars dernier. C’était pour moi l’endroit idéal pour avoir la première du film ! Cette participation m’a permis d’avoir des conversations autour des diasporas et de l’art comme résistance avec des jeunes Palestiniens de Haïfa. C’était aussi l’occasion de rencontrer d’autres réalisateurs, palestiniens et du reste du monde arabe. 

* Est-ce que vous avez des projets en cours ? futurs projets ?

Avec une metteuse en scène irakienne et une designer allemande, nous formons un collectif multidisciplinaire qui s’appelle MYST (acronyme des initiales des membres du collectif), et nous travaillons en ce moment sur un projet de recherche et une exposition autour des frontières dans les conflits contemporains.

Entre autres, je travaille aussi sur un projet de court-métrage hybride entre fiction et documentaire, autour des rites de protection contre le mauvais œil au Maroc.

Vous pouvez trouver plus d’informations sur ces nouveaux projets sur mon site web : http://www.yasminebenabdallah.com/

Voir aussi :

https://vimeo.com/184294147

https://youtu.be/QNqL1HnjR5A